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Présentation au chef de corps. P.... est le premier à se soumettre à ce rituel : frapper, entrer, fermer la porte, saluer l’Etendard puis le chef de corps, se présenter, se découvrir et attendre. Or P.... attend. Le chef de corps n’a pas levé la tête et, le stylo à la main, continue d’annoter un document. De longues secondes s’écoulent. Alors P.... fait un demi-tour parfaitement réglementaire et d’une voix claire annonce : « le même, vu de dos ! ».

En 1950, dans le sous-secteur de Khan Hoa tenu par le Groupe d’artillerie coloniale de montagne du levant, à pieds et sans canons (GACML) rejoint un lieutenant ancien aux beaux états de service, en 2e séjour en Indochine. Aussi le commandant lui témoigne-t-il quelques égards. Il le conduit devant la carte du secteur où l’emplacement des postes est figuré par des punaises de couleur. « Où voulez-vous aller ? ». « Là ». « Mais pourquoi, ce poste est totalement isolé et sans grand intérêt ». « Parce que c’est le plus éloigné du PC ».

L’année suivante, le lieutenant A...., chef d’un petit poste qui veille sur la RC1 (route coloniale n°1 Saïgon-Hanoï), quelque part en Sud-Annam, voit se poser sur la portion de bitume encore intacte et à midi un Morane (version française du Fieseler Storch, petit appareil d’observation que nos anciens de 39-40 baptisèrent « le mouchard ») d’où s’extrait un colonel en tenue de combat repassée et aux galons éblouissants. A... , va à son devant, se présente et regardant sa montre, ajoute : « Compte tenu de l’heure, me ferez-vous l’honneur, mon colonel, de partager mon repas ? » « Volontiers, lieutenant ». A... , dont le poste est fréquemment harcelé, a pris des dispositions inhabituelles inspirées de ce qu’il a vu dans une caserne de pompiers de la ville de Paris : les munitions et les casques sont à demeure aux postes de combat, chaque homme a son arme sous son lit, non enchaînée, dans les X du lit picot. De plus, du linge sèche dans les barbelés. Il en résulte une certaine apparence de laisser-aller. Le colonel prend l’air sévère : « Ce poste est bien mal tenu ! ». Et A.... de répondre : « Mon colonel, vous êtes trop bien élevé pour faire, étant mon invité, des remarques sur la maison ».

En Cochinchine, à la même époque, le capitaine de Maistre fait inscrire sur le sol, avec des lettres de un mètre, en pierres passées à la chaux : "ceux qui viennent nous font honneur, ceux qui ne viennent pas nous font plaisir". C’est que son poste est très visité et que bien peu songent à régler leur écot à la maigre popotte du capitaine. Le premier qui vint fut le général Chansson, commandant en chef en Cochinchine. Il paya son écot car il avait de l’humour. Le même capitaine, rapatrié et au tableau de chef d’escadron, est affecté au 3e RAC à Vernon. Après la lettre réglementaire, il reçoit du colonel la réponse suivante : « Heureux de vous savoir affecté au régiment, je vous prie de rejoindre pour le 1er septembre », soit un bon mois avant l’expiration du congé de fin de campagne.
De Maistre répondit par télégramme : « Honneur accuser réception de votre lettre du tant. Prière vous reporter à règlement de discipline générale, paragraphe tant. Respects ». Le paragraphe en question stipulait alors : le congé de fin de campagne n’est interrompu que par la mobilisation. Philosophe, le colonel reprend la plume : « Mon cher de Maistre, je constate que votre réputation n’est pas usurpée et j’apprécie votre sens de la répartie. Néanmoins, je vous réitère l’ordre de rejoindre à la date fixée ». De Maistre, pas du tout décontenancé, répond qu’il s’en tient à sa première réponse. L’affaire monte jusqu’au Ministre qui inflige à de Maistre 45 jours d’arrêt de forteresse pour refus d’obéissance. Il les purge au Mont Valérien où il profitera de ce repos forcé pour apprendre le russe. Mais, parallèlement, les chefs de corps furent invités à plus de respect des congés de fin de campagne, au moins pour les rapatriés d’Indochine. C’est ainsi qu’après avoir reçu la même lettre que le capitaine de Maistre, j’en reçu bientôt une autre annulant la première et me souhaitant un bon congé. Merci encore, mon capitaine !

1951, le lieutenant H .... est chef du poste de Cuu Loi. Survient le général Lorillot, commandant les forces terrestres du Centre Vietnam, en inspection inopinée. Lorillot a maintes fois renouvelé les ordres les plus sévères interdisant « l’encongayage » et la présence de femmes indigènes dans les postes. Tout se passe bien jusqu’au moment où Lorillot ordonne : « Montrez-moi votre chambre ». H... ouvre une porte. On découvre alors un lit a deux places avec des oreillers brodés de cœurs entrelacés. Lorillot explose et exige des explications H... de répondre : « Mon général, ici pas d’électricité donc pas de ventilateur. Première partie de la nuit à droite, deuxième partie, après ma ronde, à gauche. Les draps sont frais ».

1955, à Antsirabé (Madagascar), le général Landouzy, génésuper, inspecte la garnison. Dans une chambrée, il fait ouvrir une armoire. Sur la face intérieure de la porte, la photo d’un frais minois de jeune fille sur lequel passe le regard du général. Le marsouin, très fier : « C’est ma poule, mon général ». Le visage de Landouzy se ferme et, sévère, reprend : « Vous pourriez dire ma fiancée ou ma bonne amie ». Le marsouin, suivant à qui on n’a rien demandé, ouvre son armoire tapissée de photos de filles et, au garde à vous, annonce : « Mes fiancées, mon général ». On n’a plus ouvert d’armoire pour tout le reste de l’inspection.

Oserai-je me citer moi même ? En 1956, on attend la venue du général inspecteur d’alors : Borgnis-Desbordes. Un coup de téléphone d’un obscur de l’état-major du génésuper me suggère de débaptiser un des pavillons du camp pour lui donner le nom de Borgnis-Desbordes. Pas l’Inspecteur, bien sûr, mais le grand, celui de la conquête. Je refuse tout net. Pour qui me prend-t-on ? Quelques heures plus tard, je vis arriver une équipe du SMBC (Service du Matériel et des Bâtiments Coloniaux) avec une échelle et une pancarte toute neuve « pavillon Borgnis-Desbordes ». Ils déboulonnent ce pauvre Pol Lapeyre, fixent leur belle pancarte et s’en vont. Le lendemain, l’Inspecteur est là : revue des troupes et visite du camp. Sur la plaque portant le nom de son illustre ancêtre, le général peut aisément lire un papillon : « Attention, peinture fraîche ». Me croira-t-on si j’affirme que je n’y suis pour rien ? Qu’on ne se méprenne pas. Mon propos n’est pas de faire l’apologie de l’indiscipline ou de l’insolence car il ne s’agit nullement de cela. Je vous cèderai qu’il y a là passablement d’impertinence mais il s’agit chaque fois de la sanction d’une faute de commandement (qui n’en a pas commis ?) ou de revendiquer une responsabilité et un espace d’initiative dans la religion de la mission. D’ailleurs, aucun des faits relatés n’a entraîné de sanctions à l’exception de de Maistre. C’est à cette école que se sont formés et se forment sans doute encore ceux qui servent sous le signe de l’Ancre. Ceux que nous avons eu l’honneur de commander nous ont formés tout autant que nous avons cru les former.

En conclusion, je ne pourrai faire mieux que de rapporter encore ceci. En 1968, le général inspecteur de l’Artillerie débarque inopinément au 41e de l’Arme à La Fère. Il ne fait grâce de rien, ce qui est évidemment son rôle. Avisant un brigadier-chef qui traverse imprudemment la cour d’honneur, il l’interpelle : « Qu’y a-t-il d’inscrit sur votre étendard ? » Le brigadier-chef n’en sait évidemment rien. L’Histoire, c’est pas son truc. Il l’a fait sans le savoir. Mais, superbe, il répond :
« Sur l’étendard, c’est écrit : Vive la Coloniale, nom de Dieu ! ». C’est toute la grâce que je nous souhaite.

Rédaction : Colonel (er) S. Amoudru
Dessins : Général de Brigade (cr) A. de Maleisseye
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