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Troupes De Marine
La tradition c'est  un «devoir de mémoire», l’affirmation d’une identité collective, des références de comportements individuels et collectifs.
TitreFichier son Midi
Adieu, cher camarade
Chantons pour passer le tempsOui
La Danaé
Le ForbanOui
Jean-François de Nantes
Nous irons à Valparaiso
Sont les filles de la Rochelle
Le Trente-et-un du mois d'aoûtOui
Fanny de Laninon

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'Les chants TDM'
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Adieu, cher camarade

Adieu cher camarade, adieu, faut nous quitter,
Faut quitter la bamboche, à bord y faut aller,
En arrivant à bord, en montant la coupée,
A l'officier de quart, il faudra se présenter !

Coup de sifflet du maître : "Poste d'appareillage !"
Autour du cabestan se range l'équipage;
Un jeune quartier-maître, la garcette à la main
Aux ordres d'un premier-maître nous astique les reins.

Jours de fête et dimanches on nous fait travailler,
Comme des bêtes de somme qui sont chez nos fermier;
Pour ration des gourganes, du biscuit plein de vers,
Le quart de vin en bas et la nuit, des pieds aux fers !

Ah qu'elle est dure est triste la vie du matelot,
On dort sur la dure on n'y boit que de l'eau
On dort sur la dure, sur des vieux lits de camps
On a triste figure quand on a pas d'argent

Et toi ma pauvre mère qu'as tu fait de ton fils,
Marin c'est la misère, marin c'est trop souffrir ;
J'ai encore un petit frère, qui dort dans son berceau,
Je t'en supplie ma mère, n'en fait pas un matelot !

Et vous jeunes fillettes qui avez des amants
Qui sans cesse bourlinguent à bord des bâtiments
Ah soyez leur fidèles, garde leur votre coeur
A ces marins [Marsouins] modèles qui ont tant de malheurs.

Et si je me marie et que j'ai des enfants
Je leur casserai un membre avant qu'ils ne soient grands
Je ferai mon possible pour leur gagner du pain
Le restant de ma vie pour qu'ils ne soient pas marins.

Adieu, cher camarade se classe dans la catégorie des chansons de gaillard d'avant. Cette expression désigne la partie du bateau occupée par l'équipage, l'arrière étant réservée aux quartiers des officiers. ceux ci n'appréciaient guère cette chanson de matelot dont les paroles encourageaient à l'indiscipline, si ce n'est à la mutinerie ; et les commandants de vaisseau de la Marine nationale finirent par l'interdire. Elle connut le même sort dans l'infanterie où des soldats remplaçaient le mot marin par biffin, soldat de l'infanterie.

Chantons pour passer le temps

Chantons pour passer le temps
Les amours jolies d'une belle fille,
Chantons pour passer le temps
Les amours jolies d'une fille de quinze ans.
Aussitôt qu'elle fut promise,
Aussitôt elle changea de mise
Et pris l'habit de matelot,
Et vint s'engager à bord du navire
Et pris l'habit de matelot,
Et vint s'engager à bord du vaisseau.

Le capitaine du bâtiment
Etait enchanté d'un si beau jeune homme
Le capitaine du bâtiment
Le fit appeler sur le gaillard d'avant :
Tes beaux yeux, ton joli visage,
Ta tournure et ton joli corsage
Me font toujours me rappeler
Z'à une beauté que j'ai tant aimée
Me font toujours me rappelant
Z'à une beauté du port de Lorient.

Monsieur, vous vous moquez de moi,
Vous me badinez, vous me faites rire,
Monsieur, vous vous moquez de moi :
Je suis embarqué au port de Lorient;
Je suis né à la Martinique,
Et même je suis enfant unique;
Et c'est un navire hollandais
Qui m'a débarqué au port de Boulogne,
Et c'est un navire hollandais
Qui m'a débarqué au port de Calais.

Ils ont ainsi vécu sept ans
Sur le même bateau sans se reconnaître,
Ils ont ainsi vécu sept ans
Se sont reconnus au débarquement.
Puisqu'enfin l'amour nous rassemble,
Nous allons nous marier ensemble;
L'argent que nous avons gagné,
Ils nous servira dans notre ménage,
L'argent que nous avons gagné,
Ils nous servira pour nous marier.

Cui'la qu'a écrit la chanson
C'est le gars Camut, gabier de misaine
Cui'la qu'a écrit la chanson
C'est le gars Camut, gabier d'artimon
O matelot, faut hisser la toile
Au cabestan il faut que tout le monde y aille
Et tire, tire tire donc
Sinon t'auras rien dedans ta gamelle
Et tire, tire tire donc
Sinon t'auras rien dedans ton bidon

Cette chanson traditionnelle de Normandie est une chanson que les matelots chantaient pour virer au cabestan. Le rythme de la mélodie accompagnait dans leur effort le groupe d'homme qui poussaient le treuil permettant de hisser l'ancre du navire. Le thème de la chanson, la fiancée qui prend des habits d'homme pour suivre son bien-aimé, était très répandu au XVIIIe siècle lorsque soldats et marins s'engageaient pour plusieurs années.

La Danaé

L'était une frégate, lon la, l'était une frégate,
C'était la Danaé, larguez les ris dans les basses voiles,
C'était la Danaé, larguez les ris dans les huniers.

A son premier voyage,
La frégate a sombré.

Et de tout l'équipage
Un gabier s'est sauvé.

Il aborde sur la plage
Il savait bien nager.

Mais la sur le rivage,
Une belle éplorée.

Belle comme une frégate
Française et pavoisée.

Pourquoi tant pleurer la belle,
Pourquoi si tant pleurer ?

Je pleure mon ... avantage,
Dans la mer qu'est tombé

Et qu'aurait donc la belle
Celui qui vous le rendrait ?

Lui en ferais offrande,
Avec mon amitié.

A la première plongée,
Le marin n'a rien trouvé.

A la centième plongée,
le pauvre s'a noyé.

Car jamais... avantage
Perdu ne s'est retrouvé.

Chanson du gaillard d'avant du XVIIIe siècle. Sur les grands voiliers, le gaillard d'avant était la partie extrême située à l'avant du grand mât, où se trouvait le poste d'équipage. C'est sur le gaillard d'avant que les matelots, pendant leurs moments de repos, se contaient des histoires de mer et chantaient.

Le Forban

Vin qui pétille, femme gentille
Sous tes baisers brûlants d'amour, oui d'amour
Dans la bataille, mort aux canailles !
Je vis, je chante et je bois tour à tour.

Je suis Marsouin, que m'importe la gloire
Enfant de roi et de prostituée,
Dans un combat j'ai connu la victoire
Et dans un crâne j'ai bu la liberté,
Vivre d'orgie est ma seule espérance,
Le seul bonheur que j'ai pu conquérir
Vingt ans sur mer ont bercés mon enfance
C'est sur les flots qu'un Marsouin doit mourir

Peut-être au mât d'une barque étrangère
Mon corps un jour servira d'étendard,
Et tout mon sang rougira la galère.
Aujourd'hui fête et demain le hasard,
Allons esclave, allons debout, mon brave,
Buvons le vin et la vie à grands pots,
Aujourd'hui fête et puis demain peut-être
Ma tête ira s'engloutir dans les flots.

Peut-être un jour sur un coup de fortune
Je capturerai l'or d'un beau galion
Riche à pouvoir nous acheter la lune,
Je partirai vers d'autres horizons.
Là, respecté tout comme un gentilhomme,
Moi qui ne fus qu'un forban, qu'un bandit,
Je pourrai comme un fils de roi, tout comme
Finir peut-être dedans un bon lit.

Jean-François de Nantes

C'est Jean-François de Nantes
Oué, oué, oué.
Gabier de la Fringante.
Oh ! Mes bouées Jean-François.

Débarque de campagne
Fier comme un roi d'Espagne.

En vrac dedans sa bourse
Il a vingt mois de course.

Une montre, une chaîne
Qui vaut une baleine.

Branle bas chez son hôtesse
Carambole et largesses.

La plus belle servante
L'emmène dans sa soupente.

De concert avec elle
Oué, oué, oué.
Navigue sur mer belle.
Oh ! Mes bouées Jean-François.

En vidant sa bouteille
Tout son or appareille.

Montre, chaîne se baladent
Jean-François est malade.

A l'hôpital de Nantes
Jean-François se lamente.

Il ferait de la peine
Même à son capitaine.

Et les draps de sa couche
Déchire avec sa bouche.

Pauvre Jean-François de Nantes
Gabier de la Fringante.

Nous irons à Valparaiso

Hardi les gars ! Vire au guindeau !
Good bye farewell ! Good bye farewell !
Hardi les gars ! Adieu Bordeaux !
Hourra ! Oh Mexico ! HO ! Ho ! Ho !
Au Cap Horn il ne fera pas chaud !
Haul away ! hé oula tchalez ! (*)
A faire la pêche cachalot !
Hal' matelot ! Hé ! Ho ! Hisse hé ! Ho !

Plus d'un y laissera sa peau !
Good bye farewell ! Good bye farewell !
Adieu misère adieu bateau !
Hourra ! Oh Mexico ! HO ! Ho ! Ho !
Et nous irons à Valparaiso !
Haul away ! hé oula tchalez !
Où d'autres y laisseront leur os !
Hal' matelot ! Hé ! Ho ! Hisse hé ! Ho !

Ceux qui reviendront pavillons haut !
Good bye farewell ! Good bye farewell !
C'est premier brin de matelot !
Hourra ! Oh Mexico ! HO ! Ho ! Ho !
Pour la bordée ils seront à flot !
Haul away ! hé oula tchalez !
Bon pour le rack, la fille, le couteau !
Hal' matelot ! Hé ! Ho ! Hisse hé ! Ho !

(*) Tirez (Haul away) Hé vous là halez

Valparaiso (qui signifie vallée du paradis) fut très longtemps le plus grand port de la côte ouest d'Amérique du Sud et le plus important du Chili. Dans une très belle rade les navires européens amenaient les cotonnades, des soieries des meubles, des articles de Paris pour en revenir chargés d'argent, d'étain, de cuivre et de cuirs. Pour les marins de commerce qui s'y rendaient en doublant le Cap Horn, c'était une aventure. Toutes les chansons de mer accompagnaient les manoeuvres. Ainsi "Nous irons à Valparaiso", composée en 1811, est une chanson à virer : virer le guindeau ou cabestan, pour lever l'ancre. La présence d'expressions anglaises n'est pas étonnante, elles avaient pour nos matelots le charme de l'exotisme.

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Les Filles de la Rochelle

Ah ! la feuille s'envole, s'envole
Ah ! la feuille s'envole au vent !

Sont les filles de la Rochelle
Ont armé un bâtiment
Pour aller faire la course
Dedans les îles du Levant.

La grande vergue est en ivoire
Les poulies en diamant
La grande voile est en dentelle
La misaine en satin blanc.

Les cordages du navire
Sont des fils d'or et d'argent
Et la coque est en bois rouge
Travaillé fort proprement.

L'équipage du navire
C'est toutes des filles de quinze ans
Le capitaine qui les commande
Est le roi des bons enfants.

Hier faisant sa promenade
Dessus le gaillard d'avant
Aperçut une brunette
Qui pleurait dans les haubans.

Qu'avez-vous, jeune brunette
Qu'avez-vous à pleurer tant ?
Avez vous perdu père et mère
Où quelqu'un de vos parents.

J'ai perdu la rose blanche
Qui s'en fut la voile au vent
Elle est partie vent arrière
Reviendra-z-en louvoyant.

Chanson de gaillard d'avant du temps des corsaires ( début du XVIIIe siècle)

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Le Trente-et-un du mois d'août

Buvons un coup, buvons en deux
A la santé des amoureux
A la santé du Roi de France,
Et merde pour le Roi d'Angleterre,
Qui nous a déclaré la guerre.

Au trente et un du mois d'Août
Nous vîmes venir sous l'vent à nous
Une frégate d'Angleterre
Qui fendait la mer z'et les flots
C'était pour attaquer Bordeaux

Le commandant du bâtiment
Fit appeler son Lieutenant
Lieutenant, te sens-tu capable
Dis moi te sens tu assez fort
Pour prendre l'Anglais de plein bord ?

Le Lieutenant, fier z'et hardi
Lui répondit : Capitaine, oui
Faire branle bas dans l'équipage
Je vas hisser notre pavillon
Qui restera haut, nous le jurons.

Le maître donne un coup de sifflet
Pour faire monter les deux bordées
Tout est paré pour l'abordage
Hardis gabiers, fiers matelots
Braves canonniers, mousse petiots.

Vire lof pour lof, en arrivant
Nous l'abordâmes par son avant
A coups de haches a coups de sabres
De piques, de couteaux de mousquetons
Nous l'avons mis à la raison

Que diras t'on de lui tantôt
A Brest, à Londres et à Bordeaux
De s'être ainsi laissé surprendre
Par un corsaire de quinze canons
Lui qu'en avait trente six et d'bons ?

Cette chanson commémore le combat du 31 août 1800 au cours duquel le corsaire Surcouf qui commandait la "Confiance", captura le navire anglais "Kent", monté par quatre cents hommes d'équipage avec trente-huit canons.

FANNY DE LANINON

A l'aube sur le quai Gueydon
Devant l'petit pont
chantait la chanson
le branle bas de la croisière
et dans la blanche baleinière
Jean Bouin notre brigadier
son bonnet caplé
un peu sur l'côté
me rappelle mon bâtiment
c'était le bon temps
celui de mes 20 ans

Le bidel capitaine d'armes
et son cahier d'punis
dans la cayenne f'sait du charme
à je n' sais quelle souris
mais j'garde au coeur une souffrance
quand le quartier-Maîtr'clairon
sonnait en haut d'Recouvrance
aux filles de Laninon

La plus belle de Laninon
Fanny Kersauzon
m'offrit un pompon
un pompon de fantaisie
c'était elle ma bonne amie
elle fréquentait un bistrot
Rempli de mat'lots
en face du dépôt
quand je pense à mes plaisirs
J'aime mieux m'étourdir
que d'me souvenir

Ah Fanny de Recouvrance
j'aimais tes yeux malins
quand ton geste plein d'élégance
balançait des marsouins
je n'étais pas d'la maistrance
mais j'avais l'atout en mains
et tu v'nais me voir le Dimanche
sur le Duguay Trouin

A c't'heure je suis retraité
Maître Timonier, aux ponts et Chaussées
Je fais le service des phares
et j'écoute la fanfare
de la mer en son tourment
d'molène à Ouessant
quand souffle le vent
Tonnerre de Brest est tombé
pas du bon côté
tout s'est écroulé

A c'qui reste de Recouvrance
j'logerais pas un saco
et Fanny ma connaissance
est morte dans son bistrot
j'n'ai plus rien en survivance
et quand je bois un coup d'trop
je sais que ma dernière chance
Ce s'ra d'faire un trou dans l'eau

... Pierre Mac Orlan