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La tradition c'est  un «devoir de mémoire», l’affirmation d’une identité collective, des références de comportements individuels et collectifs.

RAPPORT D'OPERATION
du Sous-lieutenant Louis Chomette
FORT BRIERE DE LILE

Le fort bien que termine en tant que fortification présentait dans des détails inachevés des lacunes très importantes dans le cas d'une attaque dirigée spécialement sur lui.

  1. Aucun réseau ne l'entourait. A chaque demande faite depuis l'alerte de septembre pour tendre un réseau, du moins provisoire, il fut répondu d'attendre pour ne pas gêner les travaux du Génie.
  2. L'entrée n'avait aucune grille, de même que les entrées secondaires en superstructure, d'où nécessite de plus de personnel, celui-ci devant être prélevé sur l'effectif des casemates.
  3. Pas de dispositif lumineux pour éclairer ses faces (il était prévu des phares actionnes des bastions de flanquement), le Bastion II, et tira donc un peu au hasard pour dégager C-3 de nuit et ne pouvait pas empêcher l'accès en superstructure.
  4. Manque de personnel.
    1. Pour garder toutes les entrées, en particulier la cour, ce sera le groupe de mortier qui va s'en charger.
    2. Pour former un élément mobile destine à patrouiller a l'extérieur du Fort et surtout a garder les superstructures et contre-attaquer.
    3. Pour assurer toutes les liaisons des casemates au P.C.

Quoique le dispositif d'alerte soit pris au Fort, les travaux du Génie continueront normalement.
De gros tas de terre et de briques, des madriers se trouvaient au pied du mur, cote de l'entrée, un tas atteignant le sommet du mur. Les coolies ne pouvant être distrait de leur tache (sic) la garnison du Fort, s'employa toute la journée du 9 à niveler la terre et a rentrer les matériaux dans la cour du Fort.
Le personnel des transmissions est en place depuis 2 jours : 2 optiques, 1 PK 40, 1 poste radio sécurité. Les couleurs restent hissées.

19h00 : après l'arrivée du Commandant BOERY, un réseau est dresse devant l'entrée sur la route - l'entrée est obstruée par de chevaux de frise, renforces de madriers, sans aucune chicane.
Le Commandant prescrit :

  1. D'envoyer une patrouille vers K3 route Hanoï, par le thalweg au sud de la route stratégique.
  2. Pour cette nuit les équipes des casemates mitrailleuses seront repartis en superstructure (en plus des guetteurs sur chaque casemate) par poste de 2 ou 3 pour éviter toute surprise.

Je répète aux chefs de casemate les consignes de déclenchement des feux : après l'audition de plus de 3 coups de feux successifs, chaque arme de flanquement tirera un chargeur, la continuation du feu sera à l'initiative de chef de casemate.
Toute casemate attaquée s'efforcera de lancer des grenades, afin de se dégager et d'aider par les lueurs d'éclatement le flanquement des casemates voisines.

20h30 : On téléphone le mot "Alerte", chacun se rend à son poste. Les équipes de pièce d'artillerie ont 50 grenades F1 et OF. L'ouvrage étant étendu et sans moyen de liaison, je prends le commandement de "427" et le Lieutenant LAVARDE celui de BRIERE, mon P.C. est a C III.
Les guetteurs et les postes sont a leur place; je fais monter les 3 VB et le Sergent Viet sur C III, ils sont protégés par une murette (celle-ci quoique inesthétique d'après le Génie, et dont la construction ne fut entreprise qu'après de longs débats, va jouer un rôle de protection très efficace.
Les paniers sanitaires se trouvant dans un magasin en superstructure de 427, sont transportes près des cuisines de guerre, dans la galerie de la cour.
Une pièce de 75 est braquée sur l'entrée de la cour, l'autre sur la ligne de crête cote 390,2 - C-IV à 80 mètres de cette casemate.

21h00 : Attaque de LANG SON - La vue est splendide d'ici. Coup de canon rafales automatiques, grenades, se succèdent a un rythme accélère - Maipha brûle.
Je suis entouré des Sergent-chef JEGO et PAOLI et du Maréchal des Logis EDERLE - tout le monde est calme, confiant. Le Commandant vient me voir - pas de liaison avec le bas - attendons.

21h30 : Le Brigadier-chef DARUFLE rentre avec sa patrouille - il est parti a 20h, R.A.S. On le hisse dans le Fort par une corde. Appel du coté de Maipha, près du Fort, c'est le Sergent-chef MEUNIER de Maipha, on le hisse également sur l'ouvrage. Il nous apprend que son Bataillon a été surpris sans arme en plein rassemblement.

22h00 : Alerte. Le guetteur de la cour face au nord tire 3 coups de fusil - étant a proximité, je monte près de lui - il a vu des ombres sur la ligne de crête près de C IV, qui se sont détachées un instant sur le ciel. Le FM de l'entrée tire son chargeur dans cette direction. Je monte a 427 et fait exécuter un tir de 5 obus a 200 mètres du Fort - 3 obus, 3 rates, on change de lot et tout va bien - le calme revient.

22h00 : Le Sergent Viet sur C III me signal qu'il entend des bruits non loin de sa casemate - je fais tirer un V.B, a la lueur de l'éclatement on voit des ombres qui fuient - j'ordonne un tir de 3 VB autour de la casemate. Sur les pentes on distingue alors des ennemis masses, on entend des gémissements.

22h30 : L'ennemi se rapproche. Le Sergent-chef JEGO et moi lançons des grenades F1 pendant que les VB continuent.

22h45 : Réaction ennemi : 1 FM tire sur la murette a 100 mètres environ, au même moment les FM situes sur la ligne de crête à 300 mètres du terrain de sport, tirent sur les superstructures - le tir des VB continu.
Entre deux rafales, un tirailleur descend chercher des munitions dans C III puis remonte, très calme.

23h00 : On entend des commandements, l'assaut parait éminent. Je fais avertir la casemate d'être prête à flanquer les murs et vais à la casemate canon. Les grenades sont prêtes, les hommes avec arme prêt à défendre les canons. En sortant, nombreux éclatement en superstructure (grenades ou mines). Le Sergent-chef Jego me rend compte que la situation sur C III n'est plus tenable, 2 grenades ont blessé un tirailleur et mis hors d'état 2 fusils.

C'est l'assaut, l'ennemi est au pied de la casemate. Nous lançons quelques F1, puis plongeons dans C III. Le Sergent Viet reste dans la tranchée avec 1 tirailleur. Les armes de flanquement tirent à cadence accélérée - Jego et moi, puis le Sergent-chef Paoli, lançons des grenades par les goulottes.
Peu de temps après, le tirailleur de garde dans la tranchée m'apprend que le Commandant est blessé non loin de la casemate. Avec le Sergent Viet nous y allons, il est à 10 mètres. Il a les 2 jambes cassées, il nous dit que l'ennemi a tire depuis le sommet de C III. Je n'y crois guère. Nous le transportons dans la tranchée, puis dans la casemate.
A peine y est-il, que de nombreuses grenades tombent près de l'entrée de C III - le tirailleur dans un redan n'est pas blessé - l'ennemi a donc pris pied sur C III.
La chicane de l'entrée est obstruée par des caisses à munitions et le Sergent-chef Paoli par le créneau de l'entrée commence à tirer dans la tranchée que l'on aperçoit que sur 2 mètres.
Le Commandant BOERY est transporte a l'étage inférieure ou on lui fait un garrot; les 2 genoux sont éclatés et il a perdu beaucoup de sang - impossible de le faire évacuer au P.S dans la cour par manque de personnel.
J'envoie un tirailleur au Lieutenant LAVARDE : Commandant blessé grièvement - ennemi déjà sur C III - attention a la cour : cloisonne vers 427 - envoi personnel pour évacuer le Commandant.
A compter de ce moment, aucune notion de l'heure.

3 fois au cours de la nuit l'ennemi attaque, nous lançons aussitôt le maximum de grenades F1 par les goulottes. C III nous appuie efficacement de son feu; mais on entend tris distinctement de nombreux cris ennemis déjà sur C III et le Fort. Les grenades pleuvent sur l'entrée, comme elles éclatent a 2 mètres de nous, le personnel est sonné par le bruit et l'odeur des gaz.
4 a 5 fois dans la nuit, l'ennemi envoie une liquide enflamme dans la tranchée et il pénètre un peu dans la casemate; les caisses a munition crament un peu; la durée de combustion chaque fois est d'environ 2 a 3 minutes.

Vers 2h00 du matin, un ennemi descendu dans la tranchée, réussit à passer une grenade par le créneau, elle éclate entre le chef Paoli et moi, elle blesse le premier a la tète - nous lançons quelques F1 dans l'entrée de la tranchée, puis j'ordonne a mon sous-officier d'aller se faire panser, car il souffre beaucoup.
Un coup d'embrasure de 47 (vraisemblablement) met hors d'état un FM - il est remplacé aussitôt, le tireur n'est pas blessé. Les gaz des étuis commencent à incommoder assez sérieusement le personnel.

5h00 : attaque de la casemate canon de 427, l'ennemi ayant pris pied dans la nuit dans le bâtiment à cote de cette casemate, lance des grenades chez les artilleurs - 2 canonniers sont blessés. Il riposte à la grenade et au fusil.

5h30 : L'assaut est donne - des le début de l'attaque, le chef EDERLE a déclaveté ses pièces - il évacue précipitamment et, est oblige de laisser sur place le canonnier DUCLOS blessé grièvement a l'oeil et au ventre.
Je fais établir les équipes de pièces en bouchon pour empêcher l'ennemi d'envahir la galerie centrale et de couper toute liaison et repli vers Brière.

7h00 : Les soldats MICHE et GEORGES viennent à C III prendre liaison et évacuer le Commandant BOERY. Celui-ci est admirable, et un brancard ne passant pas dans la galerie, il est transporte au P.S. à dos d'homme au prix de souffrance inouïes.

10h00 : 1 sous-officier et 3 européens du I/3 RTT ayant rallie BRIERE de nuit viennent a C III pour renforcer - je vais faire ma première liaison avec le Lieutenant LAVARDE a Brière. Il n'a pas été attaqué - les nouvelles de LANG SON ne sont pas bonnes, mais le moral est parfait.
Le Sergent-chef MEUNIER s'est improvise infirmier et les blessés sont soignes - le cuisinier fait la soupe avec les vivres de réserve. Nous décidons de reprendre la superstructure de 427; l'attaque ne peut avoir lieu de l'extérieur car l'ennemi dans le bâtiment de 427 nous interdit de sortir de la cour.
Je décide de partir de la galerie et de déboucher dans la casemate par l'escalier.
Une diversion sera faite à l'extérieur
  1. Par un tir de mortier de Neguin
  2. Par des tirs d'un groupe de mitrailleuses de Brière monte en superstructure et le FM de la casemate IV.

10h30 : Le Fort Neguin ne peut mettre ses mortiers en batterie car l'ennemi a des FM qui rasent sa superstructure a partir de Khan Bay - le Lieutenant LAVARDE fait exécuter un tir de 90 - les résultats sont merveilleux, les mortiers de Naguin vite en batterie commençant de tirer sur 427.
(Coup d'embrasure dans la pièce de 90, par un projectile de 75 ou 80 ennemi; 3 servants sur 5 hors de combat.)
Je débouche dans l'escalier de la casemate canon de 75 de 427 avec les soldats MICHE (avec un FM) et PAREL (avec un pistolet) - à peine avons-nous gravi quelques marches, l'ennemi nous expédie 2 grenades qui ricochent près de nous. Nous n'avons que le temps de rouler dans la galerie et de bondir au carrefour. D'autres grenades continuent de tomber et condamnent la galerie. L'ennemi est sur ses gardes, inutile d'insister.

12h00 : Liaison avec le Lieutenant LAVARDE, nous décidons d'évacuer 427 avant la nuit et de concentrer la défense dans la cour et Brière - l'ennemi tenant fortement les superstructures, descendra probablement de nuit dans la galerie coupant C III et C IV du reste du Fort.
Avec le personnel européen ayant regagne le Fort venant de Maipha, je fais évacuer une partie des munitions de la soute ' S1" de 427. La casemate III évacue ses armes et munitions sans encombre, l'ennemi ne tente plus rien pour pénétrer dans les galeries de cette voie - un bouchon de 2 européens et 3 tirailleurs est toujours au pied de l'escalier de la casemate canon.
Au moment de l'évacuation de C IV, grenades, coups de feu dans la galerie, un européen se replie sur C IV et nous apprend qu'après avoir lance des grenades qui ont disperse le bouchon, l'ennemi a fait irruption dans la galerie.
Une pièce de mitrailleuse est braquée sur la galerie depuis C IV, on entend parler. Après sommation je fais tirer plusieurs bandes - galopade, est-ce vers nous ? Le Sergent-chef JEGO lance une grenade F1, elle ricoche et éclate près de nous - je suis blessé a la face et au cote - le soldat GAUTHIER me monte au premier étage.
A ce moment, plusieurs avions viennent et bombardent en pique : 2 bombes tombent non loin - pas d'effet.
Le soldat PAREL s'offre pour faire la liaison avec Brière. Il part mais revient au bout de peu de temps en toussant et crachant - il reprend haleine et nous apprend que des gaz se répandent dans la galerie. En effet on entend à plusieurs reprises, un léger sifflement. D'ailleurs les gaz pénètrent peu à peu dans la casemate.

15h30 : Il faut évacuer coute que coute. Nous emportons les armes automatiques sauf 2 mitrailleuses dont nous jetons les éjecteurs par le créneau - le soldat PAREL est en tette avec un FM ainsi que le Chef JEGO est moi, derrière nous, les tirailleurs et les soldats GAUTHIER fermant la marche avec 1 FM. Chacun ayant mis calot ou mouchoir sur sa bouche, nous fonçons, je fais tirer quelques rafales. Nous passons par la soute afin d'éviter le déboucher des escaliers de la casemate canon.
Enfin, nous débouchons dans la gaine de la cour, la liaison étant faite le chef JEGO repart avec quelques légionnaire venus avec la Lieutenant DUSAUSOY du 5 R.E.I., et va faire un barrage à 20 mètres de la cour - profitant des couchettes de repos de la galerie, ils en font une espèce d'abatis tenu par 2 FM qu'ils mettent en position a quelques pas en arrière.

16h00 : Il faut évacuer le barrage a cause des gaz, il est refait plus prêt.

16h30 : Le dernier barrage est a quelques mètres de la cour - il n'est plus possible de continuer dans ces conditions - le PS est rempli de blessés : 24 au total. Les effectifs de 427 et les gens ayant rallies le Fort encombrent la galerie de Brière.
Le Commandant BOERY me demande s'il est possible de tenir cette nuit : je lui réponds "non' - Le Fort doit se rendre si l'on veut éviter un massacre dans la nuit.

16h30 : IMMEDIATEMENT - les papiers secrets et archives étant brûlés les armes automatiques sont sabotées. Je fais amener les couleurs, je brûle le drapeau, le drap blanc est hisse et la garnison est rassemblée sans armes en superstructure.
Le Lieutenant DUSAUSOY va avec un drapeau blanc a 427 - je fais déblayer l'entrée, enlever les chevaux de frises, barbelés et reçois les premiers qui se présentent. Ils sont corrects : indochinois et européens sont sépares.

Vers 19h00 : Nous arrivons à causer avec un Capitaine qui comprend l'Anglais - il nous permet de distribuer des biscuits et de l'eau a tout le monde. Les officiers sont séparés et nous couchons tant bien que mal dans l'une des chambres d'hommes de troupe.
Le lendemain matin, l'ennemi brûle les morts près de la porcherie, on ne peut juger de leur nombre. Des tirailleurs partent sur les pentes sud du Fort et remontent avec des blessés, ils en évacuent sur LANG SON 3 camions.

****

CE QUI SUIVIT …

Le dimanche 11 mars, vers 16h30, les Sous-officiers et les soldats sont divises en 2 colonnes, ils sont attaches les uns aux autres par le poignet gauche au moyen d'une corde.
Le premier groupe contourne le Fort et vient se placer en A, le second groupe suit le même chemin. C'est le tour des officiers, nous sommes attaches de la même façon, mais, ironie ou symbole par la drisse du drapeau. La place qu'occupe les hommes, l'escorte faite par de nombreux "sbires' avec baïonnette au canon, ou FM, ne laisse plus aucun doute. C'est le poteau ! Pourquoi ! Personne pour parler Français ou Anglais...
Lorsque nous arrivons, deux FM sont en batterie avec leurs servants à 5 mètres des 2 rangs et à leur droite, nous passons entre-deux et les hommes et allons nous mettre devant ceux-ci - Ils ont tous compris, mais pas un murmure, pas une protestation, ces simples mots : "Adieu" mon Lieutenant. Tous sont droits et fiers.
Au-dessus de nous sur le mur, les tirailleurs sont alignes en spectateurs. Plus loin, un Capitaine semble commander. Devant nous, une dizaine de "sbires' qui étaient assis, se lèvent et commencent à nous mettre en joue avec leurs fusils. Avec mon Képi bleu et rouge j'espère être un cible tentante; une bonne balle, vite... Entre Officiers nous nous disons "adieu" - Le Lieutenant DUSAUSOY s'adressant au Capitaine lui crie : "Fusillez seulement les officiers". A quoi bon discuter.
J'entonne la "Marseillaise". Le Capitaine fait un signe, les sbires abaissent l'arme. Nous chantons un deuxième couplet "Amour sacre de la Patrie" - jamais les mots ont eu pour nous une telle grandeur, une telle signification.
A la fin du chant début de la tuerie.

Les FM tirent d'abord quelques rafales, entraines par les autres, je tombe indemne - les sbires d'en face n'ont pas du tirer, ils se réservent. A peine sommes nous tombes que poussant leurs cris habituels ils se précipitent sur nous avec la baïonnette au canon et entament un exercice d'escrime ou ils ne craignent guère la riposte.
Je suis blessé presque aussitôt à la hanche et au bras. Pendant 1h1/2 environ, ils s'acharnent sur nous, piquant l'un après l'autre au début, puis au hasard ensuite, suivant les râles ou les mouvements. Je suis blessé de nouveau a la poitrine il me tarde de recevoir le coup de grâce. Des coups de pistolet, de fusil, sont tires dans le tas. Ceux qui tressaillent, se voient administrer une nouvelle dose d'arme blanche.
D'après plusieurs tirailleurs spectateurs : Le Commandant BOERY, l'Adjudant-chef CELESTIN, Le Canonnier DUCLOS, blessés couches, restes au Fort, sont tirés et jetés par dessus le mur, ils s'écrasent près de nous.

Enfin le calme, j'entends parler des tirailleurs près de nous, on coupe mes liens et l'on m'attache par les pieds. Je suis tire face contre terre pendant 50 mètres environ. Un tirailleur m'enlève souliers et bas, dernière cachette pour l'argent, puis une bonne impulsion et me voila roulant sur la pente du glacis. J'atterris parmi les cailloux des éboulis un peu rudement, mais sans blessure supplémentaire. D'autres suivent le même chemin.
Je suis dans une très mauvaise position, tète en bas, mais impossible de bouger, on entend encore parler pas très loin. Enfin, la nuit tombe; un corps glisse non loin de moi, j'appelle faiblement. C'est le Caporal Chef SALADINE - il est blessé au ventre mais espère quand même marcher. Il fait suffisamment noir, on aperçoit cependant les sentinelles du Fort qui se détachent sur le ciel.

Nous nous laissons glisser et atteignons la paillote, beaucoup de corps non loin de nous.
Quelques râles, mais personne ne bouge. Un soldat glisse près de nous, blessé également au ventre. Il faut gagner l'hôpital de LANG SON.
Nous marchons par bonds de 20 mètres - au bout de 100 mètres, le légionnaire ne veut plus aller plus loin - malgré nos conseils; il souffre trop et prétend qu'il veut d'abord dormir. Nous sommes suffisamment mal au point avec SALADINI et il ne peut être question de l'emmener. Nous descendons tout deux au fond de thalweg pour boire, passons sur la rive du fleuve pour éviter la route, puis sur la voie de chemin de fer, nous entrons a la gare et finissons a la Mission, en entrant par la clôture. L'ennemi vient dans sortir; on ne peut y rester.
Nous ressortons et dormons à l'extérieur sur l'herbe.
Le 12 mars au matin, nous nous présentons à la porte Nord; après 1h00 d'attente on nous laisse regagner l'infirmerie.

Sous Lieutenant CHOMETTE

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