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Troupes De Marine
La tradition c'est  un «devoir de mémoire», l’affirmation d’une identité collective, des références de comportements individuels et collectifs.

JOURNAL DE MARCHE
DU IIe GROUPE
DU R.A.C. - A.O.F.

Je dédie ces pages de l'obscur devoir, et de la fière servitude au canon - qui fit de beaux soldats dont le chair était d'acier et le sang d'huile lourde - à ceux qui ont payé de leurs souffrances et de leur vie l'honneur d'appartenir à la 1re Armée Française, à tous ceux qui sont morts pour que la France vive et vive plus belle…

Nous sommes des coloniaux.
Formé le 1er juin 1943 à Dakar, comme 4e Groupe de l'A.D.10, le groupe était rattaché au Groupement n° 4 le 1er mars 1944, sous la désignation du II/R.A.C. A.O.F.
Il était cantonné au Ram-Ram, sans armes, si mal vêtu qu'il ne défila pas pour celui qui venait rencontrer M. Winston Churchill et nous apporter sa parole. Pour le Général De Gaulle, le groupe brossé jusqu'à la trame, ciré à boucher les crevasses des chaussures, fit la haie à Marrakech, les talons au trottoir.

Une promesse fut faite et tenue… Le II/R.A.C. A.O.F. attendit quatre mois son armement - 155 M. M Howitzer - au bivouac d'El Hank, dans les faubourg de Case. Les coloniaux connaissaient la récompense à leur patiente espérance : la plus belle pour des artilleurs. Le II/R.A.C. A.O.F. était en effet le seul groupe d'Artillerie coloniale qui devait, pendant la campagne de France, servir ce nouveau modèle de 155 américain, puissant et mobile, lançant 50 kilos d'acier à 14 kilomètres, un matériel précis, robuste et maniable, attelé à son mack, un tracteur de 60 chevaux, une énorme bête puissante qui entraînera les 26 tonnes et son attelage complet à 50 kilomètres heure, sur les chemin de la guerre.

Le 16 juillet, le groupe s'acheminait par voie de terre, par Rabat, Meknès, Taza, Oujda, vers Oran et la zone d'attente n°1. Il complétait son armement et chargeait ses véhicules. Le 30, le groupe prenait la mer à Oran à destination de la Corse - brève escale de trois semaines pour des écoles à feu dans la région de Bonifacio - et le 19 août, le convoi des L.S.T. quittait Ajaccio à destination de la France.

Le 21 août 1944, le L.S.T. 160 ouvrait sur l'étroit passage déminé de la petite plage de la Nartelle, à l'est de Saint-Maxime ses portes de proue. La France était toute offerte dans un grand silence lumineux.
La 4e batterie et des éléments avancés de la 5, de l'E.M.2 et de la C.R.2, passent la nuit sur le prè, non loin du village de la Mole, et remontent le lendemain, sur Pierrefeu. C'est la première veillée d'armes, en face de l'horizon qui flambe, de nos garçons qui brûlaient depuis l'Afrique Noire de répondre à l'appel de détresse lancé par la Métropole.

Rattaché à la 9 D.I.C. qui prendra Toulon, le groupe, dont le gros débarquera le 23 août dans le val d'Arquières, ne rejoindra que dans l'après-midi de ce jour pour se reformer au sud de Pierrefeu, et la 4e batterie s'engage seule.
Le 23 à 13 heures, elle ouvre le feu depuis les vignes rousses du Couvent de La Maubelle, et tire cent coups en destruction sur des batteries ennemies du Fort Lamalgue et sur les défenses organisées au pied de Mont-Faron. A minuit, elle reprend sa place dans la colonne de groupe qui, sur des routes d'encre, roule à 5 miles heure, << aux yeux de chat >>, vers la position de Pierre Ronde.
Et brutalement des contre-jours fulgurants qui, sur l'étroit chemin montant du carrefour de la grande route de Toulon, gonflent dans le noir l'ombre des macks de la 5e. Les 88 tirent en harcèlements… L'alerte passée, les canons, dans l'ombre, trouvent leur place.

Les pièces ennemies qui demain chercherons l'observatoire et les batteries, sont là, tout près. Harassés, les hommes se couchent sur la terre, à coté des tubes. On ne se garde pas dans la confiance que donne ce fer magnifique, ce fer qu'on va servir, nus jusqu'aux reins et saouls de poudre, et qui va, demain, révéler à de vrais garçons, leur première joie d'homme.
Le lendemain, c'est en effet le combat. Le groupe accroche sur une batterie de 164,7 de la Croix-des-Signaux, et en appui de bataillon G. du 6e R.T.S. déclenche successivement deux concentrations massive sur le fort de l'Artigue, avec réglage en observatoire avancé au fort Sainte-Catherine.
L'aspirant de la 4, qui a l'honneur de conduire le feu, aura 22 ans dimanche, le jour où il sera proposé pour la croix de guerre… des yeux de fille, qu'embue un peu cette mélancolie que donnent à leurs gens les terres de lumière. Il revient du faubourg où les mitrailleuses crachent par les fenêtres, pour nous dire la belle ardeur des marsouins qui montaient au drapeau, et qui savaient mourir devant les tourelles écrasées

Si l' Infanterie ne prend pas dans la nuit le fort de l'Artigue aux portes duquel elle arrive, le groupe reprendra sa concentration à l'aube du 25.
Au matin, les Allemands abattent à la mitrallette, les parlementaires qui leur sont envoyés sous le drapeau blanc, pour régler les conditions de leur reddition. Et à 8 h .50, tandis que la 5 tire en contre-batterie sur la fort de Saint-Mandier, la 4e et la 5e batteries pilonnent et écrasent le fort de l'Artigue, reprennent en destruction à 16 heures en réglant pièce par pièce, jusqu'à 18 h. 45, heure à laquelle la forteresse se rend avec trois cents prisonniers.
Avant l'assaut de lendemain sur les organisations défensives du Mourillon, les marsouins demandent une forte préparation de groupe pour appuyer le bataillon S… du 4e R.T.S. Et au jour, le Capitaine, commandant la 4, règle, de son observatoire avancé de fort Lamalgue, un tir de 200 coups en une heure sur la Pointe de la Mitre, et les murs d'enceintes de l'Arsenal. La garnison se rend à 11h 30 avant la reprise de tir (80 blessés - 700 prisonniers). Le Colonel commandant l'A.D. 9 transmet un témoignage de satisfaction pour le Capitaine commandant et pour le Lieutenant de tir.
Le soir, de 19 heures à 19h 20, le groupe exécute, sur la presqu'île de Saint-Mandrier, des concentration qui seront reprises le lendemain de 10 à 17 heures et dont l'efficacité est telle qu'à la nuit on est déjà averti que les ouvrages se rendront au matin.

Toulon est libéré.

A la Pointe de la Mitre et au fort de l'Artigue, le Chef d'Escadron commandant le Groupe, permet à ceux qui ont servi les tubes, d'aller visiter ce qui reste des forts : les murs en ruines, les canons brisés, et de voir comment les tonnes de fer qu'ils ont chargées à pleins bras, ont là-bas, arraché fer au fer et le ciment à la pierre

Dans cette campagne de France, qui commence et nous conduira par l'Alpe blanche, du Jura aux Vosges, de l'Alsace au Rhin, et à travers les plaines d'Allemagne à la frontière autrichienne, dans le magnifique élan de la Ie Armée française, ceux de la Coloniale donneront leur mesure, par delà le rideau des bois noirs, derrière cette première rampe des feux où les spectacles de la mort et de la courageuse offrande s'éclairent à vif, portant leurs tubes comme à bout de bras, de la boue qui poisse à la neige qui enlise.
Et je dirai d'obscurs renoncements et la passion sans éclats qui a soutenu, à un des bouts de la trajectoire, de splendides machines humaines rodées comme des mécaniques, ceux du cambouis et de la graisse, qu'ont tentées, dans le secret des gloire sans panache.

LES ALPES

Attaché à la 2e D.M.I. en renfort d' artillerie, le groupe fait mouvement le 31 août par Aix, Sisteron et Gap pour cantonner à la Batie Neuve. Une étape de 225 kilomètres dans la journée.
Les campagnes, les bourgs, les moindres hameaux ont fleuri les robes de leurs filles, et sont descendus jusqu'à la route. Comme l'enthousiasme est généreux… on nous jette des fruits, des fleurs : un véritable tir d'interdiction, en melon, poires et tomates. L' écho en nous de l' Afrique Noire, de cette joie répandue, embellit encore l' admirable paysage de France.
Quatre jours à la Batie Neuve, et le 3 septembre le groupe quitte son cantonnement pour se porter vers le col du Lautaret, prêt à intervenir sur Briançon ou sur la Maurienne. Le Chef d' Escadron reçoit alors l' ordre de disposer une batterie devant Briançon, en mesure de tirer sur la ligne Montgenève-Janus, d' en mettre une seconde à la disposition du 5e R.T.M. pour appuyer ses opérations en Maurienne, et de donner à la troisième le charge d'assurer la sécurité en Tarentaise.
Le groupe s'ouvre en éventail pour le quartier d'hiver des Alpes. Les unités vont opérer en batteries isolées ; la 4 dans le Briançonnais, la 5 en Maurienne, la 6 en Tarentaise.

LE BRIANCONNAIS

Le 6 septembre, en batterie à Le Serre au bord de la Guisane, la 4 change trois fois de gisement de surveillance. On cherche l'ennemi. Peu de renseignements, aucune couverture.
Dans l' après-midi la première section détruit en trente coups une pièce d' artillerie ennemie repérée au fort d' Anjou ; et le soir à 18 heures, disposition de route, et par des chemins pour jeeps, on monte creuser les trous de blèches avec 26 tonnes attelées et un empattement de plus de 2 mètres 50, au fort du Granon, à 2.420 mètre d' altitude. Le lendemain, le ciel de coton gras interdit toute visibilité.
La batterie mise à la disposition du II/63 R.A.A., descend à Foreville, commence le 8 septembre ses réglages sur Clavière, le Chaberton et Césane, et dans les jours qui suivent interdit l'entrée du Mont-Cenis et réduit une batterie de D.C.A. signalée par avion de réglage.
Le 15 septembre, la 4 monte au fort du Ramdouillet qu'elle devait occuper un mois, aux vues du Chaberton dont elle fit taire, une à une les tourelles. Le 20, les récompenses promises à Toulon sont officiellement publiées. L' Aspirant et un canonnier sont cités à l'ordre de l'artillerie divisionnaire de la 9e D.I.C. Les premières neiges se tendent sur les sapins que le soleil du lendemain est assez dru encore pour effacer, mais déjà le froid mord à vif et nos indigènes se recroquevillent dans leurs manteaux.
Ils sont cinquante qu'il faut remplacer en quelques jours par un recrutement dans la montagne : Nevache, La Vallouise, le Queyras, d'où je ramène, avec un benjamin de 17 ans, un garçon qui a tenu le maquis pendant un an, commandé un peloton de 60 hommes armés de fusils de chasse et qui rend ses galons pour servir chez nous comme 2e canonnier.

Et ces noirs qui nous quittent, qui, le matin vers neuf heures, nous cherchent et nous trouvent, ces noirs << collent >> aux tubes espérant peut-être qu'on les oubliera autour des pare-éclats qu'ils dressent et qui protègeront les nouvelles recrues : nos jeunes, dont cinq, demain, seront blessés à leur poste, avant même d'avoir été complètement équipés.

Il faut avoir vu nos Sénégalais dans la neige, prendre leur quart de faction et réchauffer leur chair et leur cœur en chantant à mi-voix une chanson de soleil, la chanson de la quatre :

Ambara, 4e batterie,
Toubadou be, amoro fi,
Melian ani m'bele beule
......................................

Et reprendre en chœur au refrain, en wolof, le proverbe de toutes les saisons de l' homme, de son froid, de son chaud, de sa joie, de sa peine :

Kou amoul n'degue, nampa mame (Quand on n'a pas de mère on tête la grand-mère).

Il faut avoir aimé nos soldats noirs dans leur magnifique volonté de servir. Chaque, tirs sur Chaberton, Clavière dont il ne reste que pierres, Césane en ruine, Rocca-Glarie, Bousson, et cette batterie du Champ de l' Ort prompte à la riposte. Le 11 octobre à 10 heures du matin, après repérage d'un Dornier les 150 poussent deux fusants hauts, plaquent leur tir et 20 coups tombent en plien sur la batterie. On évacue en hâte les blessés, et les garçon excités enfournent pour les représailles sur Césane auxquelles l' ennemi répond aussitôt, blessant un autre devant le P.C. au milieu de la cour encaissée dans les rochers, à la place où les macks partis au ravitaillement en munitions étaient parqués il y a moins d'une heure. Le Commandant de groupe qui vient justement visiter la batterie, est salué par les derniers obus ennemis à sa descente de voiture. C' est double fête… nous nous sentons à l' aise dans l' affectueuse bonté qu'il dispense si naturellement à tous, au cours de ces visites à ses enfants perdus sur tous les horizons de la montagne.

Le Lieutenant de tir et les blessés sont cités à l'ordre du II/64 R.A.A. dont nous appuyons les 105 depuis le départ du IV/63.
Les routes sont déjà prises par les neiges que commencent les sorties en sections et pièces nomades dont je reparlerai.

Le 14 octobre, par un ciel du bleu passé des lavandières et qui permit, de la Croix de Toulouse à une distance d'observation de 19 kilomètres, de régler sur Sestrières, une section nomade tire en destruction 200 coups en deux heures et supporte une contre-batterie bien ajustée, sous Cervières en ruines.
Les routes en lacets qui descendent du fort serons bientôt impraticables, et la batterie va occuper le 20 octobre au Crau, nue nouvelle position près de l' ancienne cartoucherie de Briançon. On s'enterre dans un jardin, sous la Guisane. De là, il nous faut répondre aux exigences de ce front de l' Alpe, et bientôt seuls, avec nos << quatre >> quand le II/64 aura quitté la région. Les hommes prennent la garde dans un mètre de neige. On a touché 6paires de snow-boots.

Pour ménager la ville que les allemands ont sous leur feu, on se tait le plus possible sur la position d'où on arrache, c' est le mot, toutes les nuits, une ou deux pièces. Et sans lumière, dans la neige qui mange les routes, on marchent devant nous, les macks, on fait la piste en se gardant, parce qu'il n'y a souvent devant nous, que la montagne . Et les autres en descendent. Ils ont mis en batterie une mitrailleuse au bord de la route, le jour de Plampinet et attendu la première voiture convoi qu'un mack enlisé retardait. La Citroën des gars de Nevache qui nous a doublés, a été criblée de balles. Les mortiers ennemis ne se taisent pas la nuit et crèvent les chemins ; mais le jour de Plampinet, c'est Bardonnèche qui a payé, avec sa centrale électrique éventrée, la conduite d' eau crevée, le P.C. des artilleurs allemands détruit, et ce train qui arrivait en gare juste pour y sauter.
Ca paye en retour les garçons qui, pour tirer 300 obus ont chargés et déchargé deux fois le mack renversé, gelé dans la neige un jour et deux nuits, à trente, en cercle, autour de deux tracteurs, deux tubes, deux mitrailleuses, et qui reviendront par ce chemin en surplomb que limite un rocher et dont l' autre bord longe le précipice. Ce chemin, qui sur 300 mètres est moins large que les tracteurs : à gauche le pneu jumelé de l' extérieur est dans le vide, le rocher bloquant à droite. Je les ai vu faire passer là, sur une glace où l'on glissait sans rouler, les 26 tonnes trop larges, à quatre pattes éclairants mètre par mètre sous chaque roue, à la lampe de poche, et en trois heures pour 300 mètres. Mais ça passait…

Le front du Briançonnais : c' est Terre Rouge, c'est la Maison Crénellée et Les Alberts où les allemands sont venu faire un coup de main à minuit, buvant aux caves, emmenant les vaches, et que le Lieutenant H… traversa à deux heures du matin avec deux gaillards mitraillette au poing, les moteurs éteints, à coté de l' église. Le Lieutenant H… est mon ami. Cela ne doit pas m' interdire de dire avec quelle conscience et quelle fidélité il sert, et quel exemple il est pour nos garçons. Le front du Briançonnais : c'est Cervière, le 19 novembre d'où on tirera 300 coups en deux heures avec une section pour n 'en recevoir que 80, des 150 et 88 à moteur qui ont rallié au canon et encadrent dans sa montée vers les pièces, le premier mack qui vient accrocher : 8 salves de 88 qui noircissent la neige, tandis qu'un entonnoir énorme s' ouvre juste derrière la troisième pièce dont tous les servants, debouts, ne sont occupés que de la masse noire dont on entend toujours le moteur.
Nous serons en Alsace, à Rustenhart, quand seront notifiées les récompenses obtenues à la batterie en cette journée où Sestières a , pour la seconde fois, payé pour Briançon. Le chef, le chauffeur et un canonnier de la première pièce sont cités à l' ordre du 64 R.A.C.

Pendant sa garde à la frontière italienne, du 06.09.1944 au 02.01.1945, la batterie à tiré 6.700 coups et fait taire la menace qui tonnait sur Briançon. Lorsque les chiens de garde se turent, à notre départ, et que la 4 prit la route d' Embrun, saluée la veille de sa mise en route par 80 coups bien groupés sur la batterie, il y eut un répit sur les pentes d'en face.

Et pour garder le contrôle des horizons blancs : la Croix de Toulouse, l' Aiguille Rouge, et un point à 2.700 mètres, le Janus.
Six heures de montée, 2 en voiture et 4 à pied ou sur les genoux, par les lacets interdits du Chenaillet. Silhouettes qui se traînent dans le blanc de lune, à 50 pas d' intervalle et se défilent contre la cloison de glace. Là-haut, c' est le réduit de béton dans l' humidité qui vous détrempe la chair, sans lumière, sans feu, et de l' eau seulement pour boire et que l' on ménage. Le quart sous la coupole d' acier où l' on se recroqueville, l' œil collé au verre, vision mouvante d'un univers blanc où se bousculent des montagnes, du Clos des Morts qui se découpe à gauche du Chaberton, au col de l' Izoard, à la pointe de la Portiola, et aux champs bleus de la Dormillouse où les skieurs ennemis boulent comme des lièvres blancs à la première rafale qui ponctue de noir la fin de leur trajectoire, à mi-pente. Le Janus… un tube de périscope qui crève trois mètres de neige ; Et les petits matin dans la cage de ciment, avec, aux créneaux, cette désolation des étendues vides où passent les cohortes fantômes, dont les yeux fatigué comptent les hommes sur les pentes gelées. Enfin, malgré le froid qui ne purifie pas cette fosse, cette insupportable odeur des autres… et de soi. Le Capitaine commandant aura passé au Janus trois mois sur cinq ; escale de silence à la pointe du froid noir. Mais, il sert… il n'est rien d autre que soldat, celui qui ne choisit pas l' armure. Sa part est faite. Seul, il dispose du poids de la réponse en fer, sur ces versants italien confiés à sa garde… et les tubes lui sont si obéissants… Je reviens à eux, enfouis dans la neige, chiens fidèles et qui comme les femmes, s'embellissent dans la main de l' homme. Servitude et amour. Les << 4 >>… et puis, oui, bien sur, des hommes, mais de << boulon >>, de la << S.A.E.-30 >> et du << vérin >>… et les cuistots font des ragoûts pour cette table de valets d' armes qui aident au montoir quatre chevaliers lourds.

MAURIENNE

C'est la 5e batterie qui sera l' élément lourd de ce secteur.
Le 6 septembre 1944, à 5 heures du matin, la batterie cantonnée au Grand Clot, se rend au col du Lautaret où sa première destination lui est donnée : Valloire. Il faut passer le Galibier - 2556 mètres. Le matériel donne sa mesure. On est à pied d'œuvre que l' ordre arrive déjà de se porter au fort du Télégraphe qui fut tenu autrefois par une batterie…

Il faut dire que dans cette campagne des Alpes, l' épreuve a été faite du 155 Howitzer au cul de ses macks, et tant en Maurienne qu' en Briançonnais et Tarentaise, pourvu que la route soit assez large, je ne parle pas des tournants en épingle à cheveux, qu' on passe en décrochant et à bras, ce matériel qui s' impose par son envergure et son poids s' est révélé aussi maniable, que la plus mobile des artillerie de montagne.
Le fort de Télégraphe est un piton dont les flancs se coupent à la verticale sur des pics de 800 mètres avec, devant la crête, une aire d'un soixantaine de pieds carrés. Dans ce vide qu'on surplombe, les ponts routiers et ceux de la voie ferrée sur l' Arc sont les objectifs quotidiens de l' ennemi qui dans sa retraite garde en otage la population civile. Dans le Briançonnais, les Allemands ont cloué des enfants en croix, sous le porche des églises, comme les paysans font des chouettes aux portes de leurs granges pour conjurer le mauvais sort… Il ont scié une jeune fille entre des planche. Ici, ils se mettent à l' abri derrière les paysans qu'ils poussent en troupeau muet. La situation est si confuse que la batterie ne peut tirer et descend de nuit, le 10, pour atteindre la redoute, et les casernes de Modane.

Ah… ces mises en batteries de nuit, quand le temps vous presse, que la mission est impérative, que le roc refuse la pioche et qu' on y voit avec ses mains. De belles mains d' hommes, fortes, usées de gel, saignant au fer… ces mains que la mort semble épargner et qui continuent le geste au bout des bras des gisants terribles jetés aux fossés de la route…
Du 14 au 17, la 5 change trois fois de position pour des mission sur le col du Fréjus, le Pas du Roc et le col de La Roue. A Avrieux, on ouvre les sections de 3.200 millièmes. C' est le << tir au Lapin >> observé de la Tura du Lavoir, sur les mortiers, les nids de mitrailleuses et les convois de muletiers qui descendent au Pas du Roc.
On attend des munitions.
Dans l' Alpe, il a fallu souvent compter ses coups, et c 'est le dur problème du ravitaillement.

Pour demain, deux macks à la C.R. qui roule sans répit… trois jours de vivres . Roulez, les lourds… la route est ouverte de la montagne à la mer. On ira jusqu' à Fréjus et à Hyères, 400 kilomètres. On tient 20 heures au volant. On revient. On passe les cols, on rêve de se laisser tomber et de s' anéantir dans la paille qui vous attend après la répartition aux pièces. Et on trouve la batterie de tir alertée, on la devine plutôt, avant d' être dessus. On la devine dans le tournant en surplomb sur la route en lacets : les flèches sont fermées, les couvre-avants et les couvre-arrières sont mis. La première section va passer l' Arc et chercher pendant 4 heures de nuit, par des routes englouties sous la neige, les positions de pièces nomades, des Aussois, de Braman, ou de la redoute Marie-Thérèse.

On ne fait pas assez sa part au chauffeur. Quand il est bien rôdé comme son moulin, celui que personne ne relève de la garde épuisante qu' il monte à 20 miles heure, avec trente tonnes dans les reins, celui-là aussi a des mains dans ses gants.
L' activité de l' ennemi s' est accrue dans les cols et le Mont Cenis. On multiplie par quatre pour les faire taire. De 120 à 180 coups par jour.
Le 16 novembre, les Allemands attaquent Termignon et s' assurent l' avantage ; Nos deux pièces sont dans une situation critique et pour ainsi dire sans protection jusqu' à l' assaut donné par les Tirailleurs de Modane et la reprise de Termignon qui permet l' installation d' un observatoire dans un piton qui surplombe.
L' ennemi déclenche le 24 une attaque qu' enrayent immédiatement nos tirs d' arr^ts sur le Coin d' où les vues sont excellentes, et sur la section d' infanterie de protection.

L' hiver écrase la montagne.
Le Lieutenant commandant la 5 prend son poil d' hiver, il est d' une âpre qui forme ses gens. On le trouve en lui, attaché comme au caillou noir de son Auvergne. C' est un bon compagnon qui ne change pas de pas et, comme ses gars, il a des mains. Du 6 au 25 novembre, la 5 n' est plus autorisée qu' a tirer en pièce nomades. Elle montera alors sa garde depuis Avrieux, jusqu'à son départ de Maurienne le 9 janvier 1945.
Trois mois d'un hiver sordide ont tanné les cuirs, fait des anciens, des montagnards, et des conscrits venus à nous de la montagne, des soldats qui sont encore gauches dans l' uniforme et gênés aux entournures, mais des lurons décidés qui servent les tubes comme des anciens.

EN TARENTAISE

Il est des noms qui chantent comme des cloches de pâques, il en est qui embaument. Pour ce qui est de la Tarentaise il faut savoir comment un hiver froid noir met l' accent sur le parfum et la chanson…

Le 8 septembre, la 6e batterie arrivait dans cette fière vallée portée pour les petits frères, furent immédiatement pris à parti par nos aînés qui firent en destruction de beau travail. En réponse le 10 septembre, la 6 recevait le baptême du feu.
Dans tout le secteur des Alpes, tenu par le groupe, l'ennemi a fait quotidiennement l' aveu de cette passivité sournoise, et s' est montré économe de ses coups. Il tenait le front avec du 150 auto-moteur très mobile et nous cherchait depuis des positions préparées et à s' assurait l' effet de surprise. Comme sur Cervières, ce jour-là riposte en représailles, éclata sur Bourg-Saint-Maurice, deux heures après l' alerte donné chez l' ennemi par l' efficacité de notre tir du matin. Ils avaient aussi, pour se défiler sur leurs versants, les terribles petits chemins bordés par des vides lumineux qui attirent, mais il faut leur rendre cette justice, ils savaient rallier au canon. Donc le 10, les 150 cognent. Où est notre batterie : à la sortie de bois à l'entrée du bourg ? L' ennemi essaie sa chance et la répartit à l' aveugle. Les obus sifflent et tout à coup c' est le chuintement aigu, jusque dans la chair même ; à la gueule des tubes, la terre soufflée, les cailloux giclent… et ce réseau des cordes d' acier qui se rompent ; la harpe des queues de trajectoire. C'est beau.
Les jeunes tiennent le coup. Il faut aux hommes cette épreuve et s' être un peu sentis dans la main de Dieu, petits, si petits, et, dans les minutes terribles, innocents de leur haine, de leurs passions, de l' ardeur cruelle de leur sang épais. Cette terre fouillée où on a creusé des trous d' hommes, ces pare-éclats où l' on a entassé d' énormes troncs de sapins, nous protègent.

Le guerre est la plus belle école qui soit pour apprendre au servant de son arme à n' être que ce qu' il est. Aux obscurs, leur crasse. Il suffit de l' enchantement d' une heure précieuse pour qu' elle soit chaude et généreuse.
Il y aura après cette guerre, c' est certain, comme après la grande dernière, toute une littérature de la boue et du cambouis, parce que nombre de gars qui reviendront chez eux, à la << quille >> comme ils disent, quand ils revivront leurs souvenirs de guerre, s' isoleront encore dans cette gangue magique.
Qui saurait faire une observation à un de ces mécanos de la C.R. bien à l' épreuve de la graisse et oint jusqu' au derme et qui n' a pas le temps de nettoyer autre chose que ses moteurs. Alors… ? Et du canon comme du mack… On va atteler, la batterie est répétée ; demain dans la cour du fort désarmé de Vulmix, on connaîtra, l' acharnement que l' ennemi dépense pour écraser l' ancienne position de batterie.
Le lieutenant V… qui commandera la batterie jusqu' en décembre, fait la guerre de son pas de paysan des plaines d' Oranie, et trace droit, comme à la charrue. L' observatoire est à 1.600 mètres, au lieu dit Courbaton. Le 26, l' ennemi le prend à partie, et les 149 Italiens règlent, assurant la hausse et s' en donnent. Une voiture et une pièce de la batterie de 105 voisine sautent, et à l' observatoire, tous les appareils sont détruits.

Le 1er octobre, la 6, qui a reçu l' ordre de s' enfoncer plus avant, s' installe dans la vallée au village de Viclaire.
Les chiens de garde vont être attachés de court et ne gueuleront que plus fort à la lune qui nous vient d' Italie.
L' ennemi s' acharne sur Bourg saint-Maurice et fait des morts parmi la population civile. Des représailles… il les faut immédiatement et efficaces. Sur le col du Mont, une grande activité vient d' être signalée : troupe et travailleurs ennemi. Une pièce est détachée à Sainte-Foy et les baraques de col sautent en l' air.
La montagne d' hiver est la même partout. On devine sur l' autre versant, s' arrachant de son abri enterré, le pointeur qui a regardé sa montre, et tire ses 10 coups sur Briançon, le Coin ou Bourg Saint-Maurice et l' observateur qui guette nos vallées et s' assure un pic par une ascension de toute une nuit.
Le 15 octobre, l' << aspi >> monte avec un radio pour participer à un raid F.F.I. en Italie. De là-bas, il règlera sur des villages ennemis. Il règlera… Cela se dit au pied de la montagne et le sommet est à 3.000. On se traîne, on s' arrache à la neige, et ce qu' on abandonne de soi aux haltes qu' empire le froid terrible, est plus précieux que du sang. En haut, le gars est dépouillé, vidé jusqu' au fond de la poitrine ; sous les pieds, la mer de coton, l' édredon bourré de nuages. Toute vue interdite… l' Aspirant H… aura ajouté 1 mètre 92 à l' altitude de son piton… Et la descente sera plus pénible encore que la montée. On remontera demain. Malheureusement, on n' a que des mots pour mettre bout à bout ces << demains >> d' un hiver de trois mois. Devant nos fantassins, ceux de coup de main, ceux qui feront 10 kilomètres en 10 heures pour aller chercher un prisonnier chez l' ennemi, ont besoin de cet encagement de fer. Et les 155 y vont avec ardeur : 100 à 200 coups par jour en harcèlement et tirs d' appui direct.
Et ainsi jusqu' au 9 janvier 1945, date à laquelle le groupe qui va se reformer pour la campagne d' Alsace, ordonne la relève des canons de Viclaire.

LES VOSGES

Le 9 janvier, les batterie font mouvement avec point de ralliement Grenoble où le groupe se reforme, après des étapes de 200 kilomètres. Dans la cour du quartier de Bonne, on fait les peins. Le départ est pour demain 8 heures. On fera encore 200 kilomètres dans la journée jusqu' à Voiteur, près de Lons-le-Saunier, et à 2h.30 du matin, on reprend la route en direction de Gérardmer.
Ce sont des étapes du gel et du silence. Les chauffeurs sont pris dans le froid, comme des blocs, à leur volant.

Arrivée à 6 heures du matin à Gérardmer, la 5 relève le 1er batterie du 66/R.A.A. tandis que la 4 s' installe à la Bresse où la 6 viendra la rejoindre au creux du vallon de la Mosellotte dans un paysage décharné.
Ce ne sont pas des soldats qui sont passés sur ces villages écrasées, mais des hordes de bêtes. Tout le val fume encore de l' explosion gigantesque qui a jeté les maison, pierre à pierre, dans le ciel noir. Ils ont bourré les caves d' explosifs et mis le feu.

Nous arrivons sous un ciel beau. La montagne courte aux lignes pures, porte les longs fûts des sapins altiers, si lumineux qu' en bas, le reflet de cette majestueuse grandeur, de cet équilibre d' une nature irréductible, de tout ce qui refuse glorieusement la guerre et ses ombres terribles, l' intense reflet chauffe ces ruines et ces décombres. Des têtes d' enfants passent aux soupiraux des caves. Des femmes qui vont sans regarder les gravats et les cendres, ont de beaux regards Rasé, brûlé, ce village a gardé son âme.

L' hécatombe de la route de Aasen et tout fer dont nous écraserons sur le Danube les 2 colonnes de groupes ennemis pour ouvrir le chemin à nos chars, dans le fer et dans la chair vive, paieront-ils assez la détresse de ces fiers villages de France. Les moindres chemin sont truffés de mines ; Dans cette zone qui donne peu de choix pour l' emplacement des batteries, l' ennemi nous a laissé des terrains bien préparés pour nous recevoir. Sur le bas côté de la route où la colonne de la 4 a ouvert la neige, la jeep qui conduit les tracteurs de la 6, saute sur une mine. Il retombe des morceaux de voiture, et les passagers… dans leur entier.
Le groupe tire sur le col de la Schlucht, sur Montaley, les abris de Rottenbach, détruit la ferme de Hus, prend à partie des batteries ennemis qui se révèlent par leur feu et harcèlent nos fantassins de couverture ainsi que nos observatoires avancés. Celui de la 5 est soumis chaque jour, avec une fréquence et une intensité étonnante, à des bombardements de mortiers d' une rare précision.
Le 14 le maréchal des logis L… observateur de la batterie, redescend après une dure journée, et le lendemain, avec son bel entrain, et cet allant qui le poussait à chercher toujours sa place aux poste les plus périlleux, il y montera à nouveau pour trouver une mort dont il était digne. Dessinateur de talent, il n' aura pas vu l' exécution d' après la maquette qu' il avait donné de l' insigne du groupe : l' éléphant dans sa roue, et bleu, blanc, rouge… rouge de sang.
A la visite qu'il nous fait, le Médecin - Capitaine R… nous parle de celui qui vient de succomber à Gérardmer où l' on a eu le temps de la transporter. Le docteur est une des belles figures du groupe. Sa voiture à Croix Rouge est bien, avec celle du Commandant, celle qui totalise le plus de kilomètres. Médecin et Soldat, lui aussi a le droit de dire : mes batteries, mes garçons…

Nous ne ferons dans les Vosges qu' une escale brève.

L' ordre de départ est reçu le 17 janvier. En appui de la 4e D.M.M., le groupe, dont les éléments lourds rassemblés à Gérardmer, prendront la route dans l' après - midi, devra être en place à 20 heures à Steinheim en Alsace, après une étape de 150 kilomètres, par Belfort, Lure, Luxeuil et Remiremont.
Nous allons traverser l' Alsace à plein moteur.

L' ALSACE

Le groupement n° 3 auquel est rattaché le II/R.A.C.-A.O.F. va jouer son rôle dans l' action d'ensemble, au profit de la 4e D.M.M. dont la mission est de rompre le dispositif ennemi sur l' axe Thann-Defultz, de prendre Vieux-Thann et cernay, et en liaison étroite avec la 2e D.M. II de poursuivre l' effort de rupture sur l' axe Uffholtz - Reguisheim, avec l' aide des blindés de la 1re D.B. franchissant la Thur à l' est de Cernay.
Avec le I/65 et le II/61, le II/R.A.C.-A.O.F. appuira le groupe de commandos pour une préparation d' avant l' attaque. L' ETAT-MAJOR du Groupe cantonné à Lauw. Les batteries sont de part et d' autre du pont de la Doller, en bordure nord au sud de Vieux-Thann.
Le 20 janvier, le groupe, en préparation de l' attaque sur les pentes ouest de l' Anselkopf, tire deux mille coups de canons de 7h 25 à 11h 20 avec comme objectifs principaux : Backerhof, sa route et son tournant, la tête de la vallée de Steinbach, et les pentes sud du Wolskopf.

L'infanterie poursuit son attaque et dans la journée du 21, après les harcèlements qui tiennes nos gars alertés toute la nuit, le groupe met en place et consomme 800 coups en neutralisation.
Sa mission dans ce secteur est terminée ; et rattaché à la 2e D.M.I., il va disposer ses batteries à la sortie de Galfingue, tire 300 coups en harcèlement dans la journée de 23, 600 le lendemain en destruction et 700 le surlendemain en concentration sur la cité Langezug et Wittelsheim. La position de groupe reconnue primitivement à la cité Esle étant jugée par le commandement trop avancée, le Chef d' Escadron fait occuper le 25 par la 4 une nouvelle zone au nord de Heimsbrun, les 2 autres devant faire mouvement le 26.
Pour nous, du soutien lourd, cette campagne d' Alsace va être la course au nœud de forces, l' appui brutal, le garde, et la poursuite sans répit, tracteurs bourrés jusqu' à surcharge, et dans l' impérative mise en demeure d' être prêts, à tier ailleurs et tout de suite à l' obus qui attaque et de n' accrocher qu' au dernier moment pour tirer ici, encore à obus qui harcèlent. On monte le vérin, on tire, on débèche, on charge, on roule, on décharge… il n' est plus question de pare-éclats ni de protection. On s' attèle, on tire à pleine épaules.
Un coup de fouet… le Commandant. Il mène le groupe depuis notre départ des Alpes et le conduira jusqu' en Autriche. Il a choisi sa formule de discipline strite, et le geste. Il s' y tient. S' il casse, c' est sans bavure, nettement. Devant, il tire en flèche.

Ca suit…

On dit que la boue ne se mange pas. On en mangeait…. C' était boue, à Richwiller, à Pulversheim, à Meyenheim, à Hirtzfelden… boue absolument. Mais c' est elle qui avalait les canons.
Ah…. Le dégel à heimsbrunn. S' il découvrait les champs de mines, des prés et des vignes où les macks avaient passé comme entre des quilles sur la nappe blanche, à la mise en batterie, ils faisaient penser à la sortiie. Quand… ? L' ordre venait peut être d' arriver de se porter en avant. Les trous individuels se remplissaient comme des baignoires. La vase montait dans la maigre paille non battue, sous la guitoune. Q' importe… ; Les nuits de harcèlement se passent à se désembourber de la fosse de recul qui s' ouvre d' elle même, jusqu'aux flèches.
Le 28, le groupe tire un millier de coups sur la Thur et Wittelsheim. Allons-nous nous enliser là, malgré les chemins de rondins et de fascines ?
Le 3 février, concentration de 300 coups, et dans l' après-midi les batteries foncent sur Richwiller et se mettent en position sur la lisière nord du village, et à l' aube : dispositions de route. Pour faire des chemins, on a abattu des clôtures, des arbres, on a bourré de pierres un sol qui engloutit tout, et à la 4 , les macks s' embourbent attelés au mack embourbé qui pensait pouvoir seul désembourber, première pièce. D' autres unités feront appel aux chenilles qui devraient bien être amphibies.
La nouvelle position est dans un pré bordé d' un rideau de forêt claire. C 'est Pulversheim d' où nous tirons sur les carrefours de Reguisheiem, Ensisheim, et la lisière sud du bois à 1 kilomètre de Mayenheim… où nous serons demain.
Les hommes entre deux harcèlements passent la nuit à abattre le bois et entassent les branches, de la route à chaque pièce, de chaque tracteur à la route. On sort de batterie, on fonce et à Mayenheim la 5 et la 6 à l'ouest du village, pour chercher le dur, montent sur la voie ferrée, tandis que la 4, à la sortie nord, ne descend que prudemment sur les bas-côtés de la route.

L' ennemi s' est jeté au Rhin. Ses dernières batteries attelées de chevaux de charrue, poussent devant lui des troupeaux de vaches auquels il n' aura pas le temps de faire passer le fleuve ;

Arrivé le 7 dans l' après-midi à Mayenheim, le 8 à 21 heures, le groupe tirait son premier coup de canon en Allemagne d' une nouvelle position étalée entre route et bois, aux environs de Hirtzfelden. Le 9, la 4 décolle et fait un bon en avant en forêt, au nord des anciennes usines de Blodelsheim sur lesquelles les batteries de la forêt noire déclencheront de violents harcèlements à la tombée de la nuit. Le groupe est sous tente, dans le bois mouillé qui s' égoutte, et tire en harcèlement. Sur les bas côtés du chemin, l' ennemi qui a fui en hâte, a abandonné d' énormes dépots de munitions. Quelques jours passent. Un espoir précieux à lui. Et la nuit de veille hachée toutes les cinq minutes par le hurlement de quatre tubes qui crachent 320 coups sur Buggingen, Battenheim, Hugelheim, la station de Mulheim et le village, les gars ne rêvent pas de repos qu' on va leur donner mais de la rive enchantée, l' autre… des terres de l' est et d' une Allemagne ouverte par l' Alsace reconquise.
Du 4 au 11 avril, les Pipers qui n' ont jamais chômé ne sont pas descendus du ciel . Le 10, au cours d' une reconnaissance profonde vers Mayenheim, l' oiseau découvre deux pièces dans une clairière près de Feldkirch. La 4 les écrase. Le 11, malgré la D.C.A. lourde, une piste insolite lui permet de repérer deux pièces bien camouflées au sud-est de Schlingen. La 6, par une concentration bien en place, la pilonne.
Et c' est la fin de la résistance dans ce secteur. Le 13, l' ennemi est définitivement chassé de l' Alsace et les troupes françaises bordent le Rhin du sud au nord. Nous allons prendre un peu le temps de regarder cette province que nous avons traversée dans la fièvre, ses champs et ses claires maisons aux charpentes peintes de vert, de rouge, d' ocre qui débordent des mortiers du mur. Le soleil chante sur les guérets dont les charrues retrouvent les sillons et les payants un patois qui s' adoucit dans les maison qui nous accueillent. Ah… regarder des canards marcher au pas dans une cour de ferme où on lave les macks, où on démonte les culasses et se décrasser le cuir dans le cuveau des lessives ! Nous savions bien pourquoi nous pouvions mêler à nos <> les éclaboussures jaillit de cette terre chargée d' un lourd destin. Elle porte bien le soldat. Elle en a fait. Elle se souvient. Et un vieux qui a dû servir des canons allemands est à la gueule de nos tubes. Pas d' encuivrage aux rayures de la bouche… Bien sûr qu' il sait, ce vieux, et qu' il a déjà soupesé ce matériel, en livres. Et nos gars de se sentir <>. Ils ne se souviennent plus que, tout à l' heure sur la route au carrefour de Fessenheim, ils ont eu la route coupée devant les macks par une batterie qui interdit le passage. Le caoutchouc aussi est bon. On a sorti des pneus de beaux éclats.

Sue les journaux de marches de chaque batterie, pendant quelques jours on peut lire : R.A.S. Il faut savoir traduire (entretien de matériel) . Tandis que la 4, d' abord en instruction de peloton à Mulhouse se rendra au Valdahon pour les écoles à feu d' instruction de cadres d' une promotion de polytechniciens, la 5 tient position au sud de la Maison forestière, et la 6 à l' ancienne fabrique, près de Sausheim, avant d' être mise à la disposition du I/65 R.A.A. Le groupe est complété en remplacement par la 1re batterie du I/65, en positiion au nord de carrefour de Grunhutte.
Le 2 mars, la 5 tire en destruction sur un train arrêté ; Le 10, la 6e batterie que la 4 relèvera en quittant Valdahon, tire à vue sur des travailleurs ennemi depuis Blotzheim où elle est violemment prise à partie par les batteries allemandes. Le 20 février, la 5 reçoit l' ordre de détruire au pont de Chalampé, une tour qui sert de rufuge à des armes automatiques. Le tir de 150 coups est observé à 200 mètres de l' objectif. La tour est détruite.

La nécessité de faire réviser le matériel est impérative. Une à une les batterie passent par les ateliers de Belfort.
Durant le rude hiver, de nombreux véhicules rendus indisponibles par suite du froid, ont été immédiatement remis en état par l' atelier auto du groupe qui a donné en janvier-février son rendement maximum. Un gros travail de remise à neuf à été fait à Mulhouse. Grâce à l' effort de la C.R.2., le groupe, sans avoir un véhicule hors d' état de marche, va faire sa campagne Rhin-Danube dans le mouvement endiablé qui porte les fantassins de la 1re Armée Française, à qui son chef a fait chausser des bottes de sept lieues.

ALLEMAGNE

Nous sommes revenus à la garde du Rhin. Du bois de la Hartwald où les muguets sont avance sur le printemps, nous pilonnons la rive ennemie. Les ripostes sont violentes. Quand passerons-nous le fleuve ? Une belle impatience nous tourmente à mesure que les jours s' écoulent. On attend la nouvelle. Elle va vite. La 1re Armée Française en plein élan, ouvre son chemin en Allemagne et déjà bouscule l' ennemi. Et l' ordre, enfin… le 16 avril.

Et le 17 le groupe brûle les chemin, passe le Rhin à Seltz au début de l' après-midi et va cantonner à Lichtenau.

Qu' elle est grasse cette terre d' Allemagne, et fleurie, et passive dans la même saison qui blanchit aussi tous les cerisiers d' Alsace. Qu' il est imposant ce pont de bateaux qui ploie sous nos macks, ce chemin de bois ondule, tandis que nos garçons chantent la <>, hurlent leur joie à plein gosier insensibles à la basse platitude des travailleurs ennemis qui travaillent dans la boue.
Le Commandant fait passer le pont flottant à un groupe aguerri et bien en mains qui, sous lui, pourra faire face aux exigences de l' heure. En Alsace, le P.C.T. a donné sa mesure sous les ordres du Lieutenant A…. qui a la vigilance, la rudesse de dogue et qui sert avec passion. Les observateurs savent porter les yeux du groupe là où on cogne, en nos Pipers montés par des jeunes qui ont la religion de la mission et un tranquille courage, tiennent l' air tant <>.
Dans la nuit, le Capitaine commandant la 4 a un grave accident en Jeep, en reconnaissant la prochaine position. Pendant une semaine, il se fera porter derrière ses pièces sur un brancard. Un éclopé qui enrage, comme enrageait en Alsace la Capitaine commandant la 6 qui marchait avec un pied gelé, et avait appris de ses Landes silencieuses de beaux silences d' homme.

A 2 heure du matin, le groupe va s' installer près du village d' Erlach. Accroche et course contre la montre ; A 17 heures le groupe s' est porté en avant et tire depuis Oberkirch pour faire à nouveau mouvement dans la nuit à 23 heures ; Etape de 150 kilomètres sans lumière dans une nuit à couper au couteau, par Ranchen, Achern, Bull où la C.R.2. est mitraillée par un avion qui prend la route en enfilade, Baden-Baden, Gerrnesbach, herrenhalb, Calmbach, Wildbad. C'est une randonnée de cauchemar. On cherche sa route chez l' ennemi, sans protection. L' ombre inquiétante pèse sur de hauts bois fermés et denses : de fameux nids de maquis qui interdiraient une route avec une bonne mitrailleuse. Et il faut ouvrir ces ténèbres en poussant tant qu' on peut les moteurs. La Forêt Noire… oh combien défendue par sa nuit, troublée par les échos de la vie sourde de ceux qui fuient sous couvert, de ceux qui s'y cachent ; Pourquoi n' osent-ils pas tirer sur le convoi et mettre le feu à cette essence qui roule ?

Le Havre- c' est le mot- après qu'on a couru toute voiles dessus, et comme au compas, dans cette marée du noir ardent- l' escale est à Freudenstadt. La ville brûle encore, l' artillerie et l' aviation ont jalonné nos étapes. Le lendemain 20 avril, le groupe est sur roues et gagne ; à 35 miles heure, sa position d' attente près de Dornhan. Courte halte pour des battues dans le bois dense par de petits commandos qui ramènent des prisonniers.

Le 21, on force encore les étapes : Seedorf, Dunningen, Lackendorf, Stetten, Flozlingen, pour cantonner à Horgen. Nous sommes de la course au Danube. On le verra demain, derrière l' ennemi qui bat en retraite, à Donaueschingen, où le fleuve encaissé commence à prendre son élan. Nous passons Pfohren. Le groupe se met en position sur les berges sinueuses dans les près gonflés d' eau près du pont de Neudigen. C'est là, que lors de la reconnaissance préalable, les commandants de la 5 et de la 6 arrivés avant les fantassins, ont trouvé un village qui, près du pont, venait se rendre derrière son drapeau blanc.
Le P.C. et l' Etat-major sont à la Maison Isolée, sur la pointe de court mamelon, près de la route Donaueschingen-Geisingen, à l' angle du petit chemin qui descend au pont de Neudingen. De part et d' autre de ce chemin, les batteries sont au Danube, à 800 mètres de là.

Nous restons sur bêche, en position avancée, réglant devant les fantassins qui prennent les crêtes du sud-est. La situation est étonnante pour un groupe de notre poids engagé de si près- nous avons cette- chance- qu'on est oblige de tirer à 1.500 mètres sur les nœuds de résistance des fantassins ennemis, qu' on voit, sans jumelle, organiser leur terrain, leurs nids de mitrailleuses et de mortiers, et nous posons comme à la main nos coups devant nos fantassins qui rampent pour l' assaut de la colline et que nous aidons dans la réduction des villages et bois.
Tirs sur Achdorf, Evatingen. L' observatoire est à 1.500 mètres ouest de Ragen, à moins de 2 kilomètres de la frontière suisse, dont on admire les croupes d' un vert charnu et le massif développement qui porte au ciel les sommets clairs. Nous ne savons pas encore, au cours de cette action où le groupe donne plein tube, que déjà notre observatoire avancé est isolé à Zollhaus, et toutes liaisons coupées, dans un point d' appui sur lequel l' ennemi s' acharne.
Dans deux jours, après que Behla aura été pris, puis repris par nos tirailleurs, et que l' ennemi se sera regroupé à Achdorf, l' assaut qu' il donnera à notre petit poste n' empêchera pas notre observateur de signaler au groupe les concentrations de ceux d' en face, et de faire en même temps le coup de feu avec les fantassins.
Les fortes colonnes allemandes, blindés S.S. montés de la Forêt Noire, ont décidé de payer le prix pour leurs derniers jours de bataille et sont en train de tenter de se frayer, derrière leurs chars, des passages au sud et au nord du Danube, notre avant-front immédiat. Nous avons un de ces chars le 25 avril, à 12h 30, en cinq coups. Et je vais dire maintenant comment dans ces jours des 24 et 25 avril va se nouer sur Pfohren, avec le Danube dans les reins, la convergence des poussées ennemis sur le groupe qui va vivre ses plus belle heures de guerre.

Bloqué en Forêt Noire, les allemands s' ouvrent en deux béliers de part et d' autre de Danube. Le premier, celui du nord, descend en direction nord-ouest, sud-est, au nord de Beckhofen et de Gruningen, vers Aasen. L' autre sensiblement sur la ligne ouest-est, Doggingen, Behla, Fustenberg, et au sud de cette ligne.
Nous sommes à cheval sur un axe convoité. Les forces ennemis dont, au soir du 24, on connaîtra les puissantes masses, devraient nous balayer dans cette pression qui commence d' ouvrir la voie que nous tenons. La courbe de leur marche s' infléchit au sud, avec son point de rebroussement à Aasen, quand, grâce à l' activité de nos tirs et aux belles résistances auxquelles ils se heurtent, les convois allemands seront obligés de prendre plus au nord.

Dans la nuit du 24, des flammes mangent l' horizon, loin, dans les directions de Hufingen, et Donaueschingen, et sur le sud ; De le position on peut suivre dans la nuit la dépense qui est faite dans ce secteur qui s' embrase, à la violence des explosions dont le prolongement sourd, vibre, aux feux d' artifices gigantesques allumés aux dépôts de munitions qui sautent. C 'est féerique et tragique à la fois. On se bat au cœur de la nuit qui saigne dans les rouges terribles et les éclats du tonnerre grandissant : orange de sang, tumulte de lumières, orgue des ténèbres. Ces deux béliers venant du sud et du nord, foncent par des chemins de terre, donnant largement le prix du sang pour payer le droit de passage. Ils sont décidés à attaquer âprement dans ces heures de leur fuite héroïque et pour rompre l' encerclement qui les menace, vont, demain encercler le groupe, déjà coupé de sa C.R. seul dans ces près, devant Pfohren.

Dans le sud, les allemands s' engagent à fond. Les fantassins, sous la force du nombre, sont contraints de céder le passage en avant de Behla à l' ennemi qui se heurte ay 1/64. Les gars du 105 acceptent cette lutte à l' abordage, à la proue des canons, et pouce à pouce défendent leurs tubes et tiennent contre la horde qui se concentre, enfle son flot sur une batterie et la submerge. Sur tous les autres points de cette zone sud, c' est une lutte sans merci, le combat fait rage. Attaques contre-attaques, reprise de villages… le gros est contenu, l' avance allemande est stoppée mais des éléments ont réussi à forcer des percées, à s' infiltrer par les bois et les chemins à bœufs qui se perdent dans la campagne, se perdent… vers Hintschingen et Immedingen où nous les retrouverons dans l' est sud-est à nous.
Le gros de la poussée allemande et le colonnes lourdes vont chercher les voies du nord. Au nord de Donaueschingen, en avant de la grande route Eschingen-Stugart, le I /R.A.C.L. est massé, qui soutient le choc.

Et résiste toute la nuit dans un combat d' une rare violence où la chance change de camp à chaque heure. L' ennemi a le nombre, le poids, les chars, et sa courageuse échappé sur l' est rompt un moment le barrage. Du matériel saute, des dépôts explosent, et ceux qui résistent là avec la dernière des énergie, signent sur place un témoignage de bravoure. Mais, au dernier sursaut de la lutte, c' est notre camp qui l' emporte. L' ennemi a traversé la route de Donaueschingen à Villingen et la grande route Donaueschingen-Schweningen entre Danube et Neckar ; et, comme au sud, quand le gros des force allemandes seront bloquées, des éléments s' infiltreront vers Zimmern, par le bois, se faufilant derrière des petites collines nous bordant directement au nord à 3 kilomètres.

Le groupe a l' ennemi sur tous ses fronts : nord, sud, est, ouest. Il se met en cercle ouvre les sections, la 4 qui est venue couvrir la Maison isolée au nord de la route de Pfohren met une section, en même temps que la 6, sur la direction qui permettra de prendre par le flanc la colonne ennemi entre Aasen et Klengen, par où les allemands vont essayer de rejoindre le Danube à Geisingen. La 5 et la 2e section de la 4 agissent sur la colonne sud, Behla, Achdorf, Blumberg, Hausenvorwald et poussent leur tir empêchant le débouché ennemi à l' est de la route Donaueschingen-Schaffhouse. C' est le 25 avril. Nous ne pouvons plus compter sur le ravitaillement en munitions et nos obus s' épuise. ( voir*)

A Aasen, le 1er bataillon du 1er R.T.M. s' est mis en hérisson et bloque la colonne qui cherche le bois. Elle est pour nous. La 4 et la 6 ouvrent le feu, et tout le jour, tandis que les Thunderbolts français piquent, bombardent, mitraillent et reviennent vingt fois reprendre en enfilade le chemin où la colonne bousculée, détruite, est abandonnée avec ses morts et ses blessés.
Le groupe pilonne sur tous les fronts.

Visions qui resteront dans le souvenir des obscurs servants du canon qui, pour une fois, voient tomber leurs coups et se dépensent avec un entrain joyeux. Nous sommes encerclés, les pièces crachent, et si derrière les flèches on peut compter maintenant les obus nos gars donnent le ton, dans les guitounes, et ceux de la montagne accompagnent ce beau vacarme en étirant leur accordéon.
Nous sommes encerclés, et si bien, que le 26 au matin les blindés qui chercheront pour leur percée le même axe que les ennemis et qui doivent nous croire submergés, tirent sur Pfohren, au canon, Pfohren où le commandant de groupe s' est porté avec nos éléments de liaison avancés et nos guetteurs…

La colonne nord a buté sur le môle de Aasen sauf quelques chars qui arrivent au Danube et réussissent à passer à l' est du groupe. On s' organise pour défendre, et seuls, notre chance. Un guet est reconnu dans le lit du Danube, près du pont de Neudingen. On a aménagé les accès en accumulant les rondins et les pierres dans la vase. Les ordres : en cas d' attaque tirer le dernier obus, puis protéger les chemins de terre au Danube. On ne fera pas sauter les tubes, on sauva le matériel. Tout a été prévu pour l' honneur de canon. Et pendant que les mitrailleuses et les rocket-guns s' installent, la 5, pour fermer le cercle de défense, pivote sur place, pointe sur l' est et met en place un tir d' arrêt à 1.500 mètres de la Maison Isolée.
Pour la nuit, on renforce les dispositifs de défense rapprochée. Les canons, sont en anti-chars. Veillée d' armes dans un beau calme. La nuit s' étire, coupée de rafales de mitrailleuses sur la Danube et sur l' est où s' approchent, dans le noir flou, de petits groupes ennemi qui veulent rejoindre leurs forces.

Au matin, les chars débouchent de Pfohren, les nôtres… On les acclament. Ils vont ouvrir la voie sur l' est par Geisingen et Immendingen tandis que le groupe qui compte maintenant ses coups un à un réduit au canon les nœuds de résistance ennemis qui tiennent encore sur la zone d' action immédiate, dans des villages ou des bois. C' est la 26 avril. Le soir il ne restait dans le groupe que 50 obus. On les tirera et nos dernier coups de canons, dans cette guerre éclair que la 1re Armée a porté en Allemagne, vont éclairer cette nuit la route de nos chars.

Fonçant vers l' est, réduisant les dernières résistances, nos blindés sont bloqués, le soir près d' Intschingen où se sont regroupés tous les éléments ennemis qui s' étaient infiltrés par le nord et par le sud, ralliant au Danube. Les chars demandent qu'on leur ouvre le chemin et la 4e pièce de la 4 qui aura tiré, en Allemagne, le premier et le dernier coup de canon, part avec 47 coups tout ce qui reste et se met en position au carrefour nord de Geisingen.

Demain, quand toutes les routes seront libres et nos tracteurs vides, nos garçons iront voir l'immence colonne de deux régiments bloquée et détruite dans les chemin de terre où les autres n 'ont même pas pris le temps de compter leurs morts. A tous les échelons, des citation tant au Corps d' Armée qu' à la Division et au Régiment viennent récompenser les coloniaux de Pforen.

( *) WITZ- Alfred-Guy, Le dimanche 6.5.1945 attribution de le Croix de guerre 1939-1945 avec étoile de bronze, Canonnier chauffeur a rempli toutes ses missions avec conscience au cours de la campagne, en particulier pendant l'attaque du 24 au 27 avril assurant souvent et dans une région non encore nettoyée les liaisons ou le ravitaillement, de la batterie.

Le groupe a accompli sa tâche. Il va descendre par Eigeltigen, Immenstadt et Oberreitnau, vers le lac de Constance et l' Autriche. Sur les collines d' Oberreinau, dans la nuit du 7 mai, les mitrailleuses tirent à balles traceuses, et dans le ciel, en pointillés rouge, dessine le V de le Victoire. La guerre en Europe est finie.

Les coloniaux regardent derrière eux, l' Afrique Noire, et entendent encore dans leur cœur, la mélopée lente des palmiers et des sables scandée par battement sourd des pilons à mil à l' aube des villages de brousse… La mélopée qui consola si longtemps, dans leur gents et muets, demandaient à nos provinces noires, du Sénégal, de la Volta, du Niger, d' être assez fidèle pour répéter l' écho de nos amours, de notre foi et de parler pour nous le patois d' Alsace, d' Auvergne ou de Saintonge.

Le Français a renouvelé le Français, celui de l' histoire et de l' épopée. Les coloniaux, ceux de la tradition, de l' héroïque aventure, qui ouvrirent les terre de l' Empire au fusil et à la parole, viennent de faire leur plus belle campagne lointaine et d' agrandir l' Empire. Ils ont traversés les mers pour venir rendre la France à la France.

Mes camarades, rappelez-vous comme nous étions fraternels, là-bas. Depuis les eaux du Niger, du Sénégal, de la Comoé, nous avons bu au Danube et au Rhin. Toute ces eaux se mêlent maintenant dans nos verres…

René GUILLOT
Capitaine d' Artillerie de Réserve. Mai 1946.

Dossier informatisé par WITZ-Gilles Fier de participer à ce merveilleux cite qu'est celui des T.D.M.

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