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La premiere Armée Française en Alsace - 1944-1945 -

Edition 1947 INTRODUCTION Par le Colonel CHASSIN

Certains écrivains militaires ont prétendu que les progrès de l’armement tuent, peu à peu mais sûrement, l’art de la guerre. Et ils en veulent trouver la preuve dans les campagnes de 1918 et même dans celles de la guerre qui vient de finir.

Le deuxième conflit mondial, disent-ils, a été caractérisé par une « stratégie déchaînée « où des périodes d’exploitation brutales et rapides succèdent à de longues périodes de stabilisation pendant lesquelles les deux adversaires accumulent patiemment les moyens nécessaires à la réalisation de la « percée » : la réussite de cette dernière est à peu près uniquement, en dernière analyse, une question de puissance de feu.

Ils évoquent la bataille d’El-Alamein, celle d’Aix-la-Chapelle, celle de la Sarre ; à l’Est, les batailles de Varsovie ou de l’Oder-Neisse. En Extrême-Orient, Guadalcanal ou Okinawa.
L’art du général disparaît de jour en jour. Finis les « thèmes faits de deux façons » du jeune Bonaparte, les feintes d’Annibal, les concentrations sur le champ de bataille chères à Moltke, les enroulements simples ou doubles du type Schlieffen. Aujourd’hui, encore plus qu’hier, il s’agit de posséder le pouvoir destructif le plus puissant. C’est toujours le feu – aérien ou terrestre – qui conquiert. Les troupes exploitent seulement l’avantage.

Si l’adversaire vaincu dans ce choc gigantesque ne dispose pas d’un recul suffisant pour que les « facteurs de friction » de Clausewitz jouent – difficultés de transport en particulier – et pour qu’il puisse amener ses réserves sur une ligne de défense située à des centaines de kilomètres en arrière, il est perdu. Tel fut le cas de la Pologne, celui de la France, celui de la Yougoslavie. Si le général moderne est devenu un grand chef d’industrie, il n’est plus désormais un grand « artiste », protagoniste d’un drame passionné.


Qu’une pareille théorie contienne une part de vérité, c’est absolument certain. Mais elle est fausse dans sa conclusion. Et le récit des deux batailles livrées pour l’Alsace par le général de Lattre de Tassigny est particulièrement probant à cet égard. Car il montre à l’évidence que les « principes de la guerre » sont éternels, et que les « forces morales » ont encore une importance capitale dans les combats.

Les « principes de la guerre » ont été codifiés pour la première fois, il y a 2.500 ans, par le général chinois Sun Tzu dans son « Livre de la guerre ». Et, depuis lors, ils ont été discutés, maintes et maintes fois. Leur importance relative, leur nombre, leur définition ont fait l’objet de multiples ouvrages, de ceux de Végèce à ceux de Liddell Hart, en passant par le Maréchal de Saxe, Frédéric le Grand, Guibert, Napoléon, Jomini, Clausewitz et Foch. Mais on s’accorde à peu près aujourd’hui sur les six principes suivants :

Economie des forces, Sécurité, Mobilité, Concentration, Surprise et Coopération.
Il est bien évident d’ailleurs que le respect de ces principes n’amène pas à lui seul la victoire. En effet, il faut tenir compte des cinq éléments primordiaux des opérations qui sont : la valeur –technique et morale – du commandement et des troupes, et les moyens (hommes, armement, ravitaillement et transport) mis en œuvre de part et d’autre.
Pour avoir une vue complète du tableau, il faudrait aussi ajouter les « facteurs additionnels » : terrain, temps et finalement « chance ».

Certes, de nombreuses phases du dernier conflit pourront difficilement illustrer les théories stratégiques classiques et être étudiées dans les Ecoles de Guerre. Par contre, la campagne de Mulhouse et celle de Colmar pourront être longtemps citées comme des exemples à peu près parfaits d’opérations réussies parce que, supérieurement c..çues, préparées et conduites, elles ont permis à une armée au moral très élevé de vaincre un adversaire valeureux et de force sensiblement égale.

Le principe « d’économie des forces », qui est, finalement la loi suprême de la guerre, consiste essentiellement à doser les forces dont on dispose de manière à produire la concentration maximum possible sur l’objectif principal, tandis que les forces affectées aux objectifs secondaires sont réduites au minimum possible compatible avec la sécurité de l’armée.

Cette opération du « dosage » s’identifie avec la conception même de la manœuvre. Elle présente, dit l’amiral Castex, « le problème le plus délicat qui se pose au chef avant d’engager l’opération projetée, et celui pour lequel il aura besoin de toute son habileté et de tout son jugement ».

On admirera, en lisant ce petit livre, la manière dont ce problème a été résolu, la pureté du schéma et la fidélité de l’exécution.
Dans la bataille de Belfort, c’est le général Béthouart chargé de la rupture, qui reçoit en secret le maximum de moyens en blindés et en artillerie. Dans celle de Colmar où deux actions de force convergeant sur Brisach sont prévues, c’est la succession des coups portés au sud, puis au nord de la poche pour déséquilibrer l’adversaire, et l’engagement des réserves au moment opportun qui réalisent « l’économie ».

Quoiqu’il soit inutile d’insister ici sur le développement des opérations, il est bon d’examiner une minute les positions de départ de deux offensives pour battre en brèche une théorie qui, depuis l’étude de la campagne d’Italie de 1796 est chère à tous les stratèges français : celle de la prétendue supériorité des « lignes intérieures ».

Cette supériorité due, en principe, au fait que les lignes de communication sont plus courtes et que l’on peut plus facilement faire roquer ses réserves d’un point attaqué à un autre, n’est en fait réelle que devant des adversaires peu résolus. Elle nécessite de l’espace, du temps, et une mobilité exceptionnelle, très supérieure à celle de l’ennemi.

Au contraire, le camp qui attaque concentriquement sur lignes extérieures, simultanément ou par coups successifs à intervalles bien calculés, a un avantage considérable. Car tout saillant qu’il crée dans la ligne opposée est facilement exploitable, et menace de couper l’adversaire en deux.

En fait, toutes les campagnes décisives de cette guerre ont été gagnées par le camp qui attaquait sur lignes extérieures : les Allemands en Pologne, les Japonais en Malaisie, les Russes dans le Caucase, les Anglo-Américains en Tunisie. La victoire de Colmar, remportée suivant le schéma classique de la campagne de 1813, nous en donne un brillant exemple de plus.

Elle nous montre aussi la surprise complète obtenue grâce à l’emploi de subterfuges qui prouvent bien que des ruses de guerres sont éternelles. Et la concentration sur des fronts étroits a seule permis des actons de rupture extrêmement efficaces, malgré la résistance acharnée de l’ennemi.
De son côté, le principe de mobilité a été superbement illustré dans la bataille de Belfort-Mulhouse par la « chevauchée » du général du Vigier le long de la frontière suisse. Quant au principe de sécurité, il est réalisé ici dan son sens le plus haut, celui dont parle le général Robinson quand il dit : « la plus haute forme de sécurité stratégique sera obtenue quand nous aurons imposé notre volonté à l’ennemi, saisi l’initiative et pris résolument l’offensive ».
Certes, toute action de guerre présente un risque. Mais comme l’a écrit Foch « qui veut tout défendre ne sauve rien ».
Ainsi la dangereuse contre-attaque allemande sur Delle, du 21 au 24 novembre, donnera au général de Lattre l’occasion de la splendide manœuvre d’encerclement de Burnhaupt.
Quand à la coopération ente les diverses armes –infanterie, blindés, artillerie, aviation -, elle fut toujours réalisée, ainsi d’ailleurs que la coopération souvent plus difficile à obtenir avec les Alliés.

En Alsace, Américains et Français placés pour la première fois dans cette guerre, sous le commandement d’un chef français, combattirent fraternellement. Et le geste chevaleresque du général Milburn s’arrêtant pour nous laisser entrer les premiers à Colmar, n’est pas près de s’effacer de nos mémoires.


En dehors d’une illustration désormais classique de l’application des principes de l’art de la guerre, l’histoire des deux batailles d’Alsace montre l’importance souvent niée aujourd’hui du facteur moral.

Jadis, Napoléon estimait que le moral était au « physique » comme trois est à un. Aujourd’hui, le major général Fuller déclare que la proportion est renversée et que la « stratégie et le moral » sont au « physique » comme 1 est à 99. « C’est la machine et non l’homme qui gagne la guerre ». Voire !....

La bataille de Colmar, en effet, nous montre un « drame passionné », une crise terrible où, pendant plusieurs jours, le général en chef tient sa bataille « à bout de bras » à lui seul. « Il a senti que la balance devait pencher en faveur du plus tenace et il ne cesse d’intervenir auprès de chacun, afin que la cadence des actions entreprises ne se ralentisse pas.

Demandant à tous ses subordonnés un effort désespéré, malgré les difficultés sans nombre, il arrive à convaincre le commandement allié de l’importance décisive de la bataille, et finalement, après dix jours d’efforts et de sacrifices, il a la joie suprême de conduire l’offensive française vers son dénouement victorieux.

Ainsi, sur cette terre qui fut si souvent au cours de son histoire le théâtre de luttes sanglantes, une fois de plus, ce sont les forces morales qui ont triomphé.
Forces morales, c’est-à-dire à tous les échelons, lucidité, ténacité, courage indomptable et foi dans la victoire. Etat-major fonctionnant comme une horloge bien réglée, chefs et soldats dignes de nos plus hautes traditions militaires, unis dans une armée vraiment nationale, image fidèle de notre France renaissante !

Le récit ci-dessous a été rédigé au Bureau Militaire de l’Information, grâce à des documents provenant de l’Etat-Major général de la Défense Nationale et de celui du général de Lattre. Il a pour ambition de faire connaître aux jeunes gens de France une des pages les plus glorieuses qui n’aient jamais été écrites par notre Armée

Colonel CHASSIN.


CHAPITRE 1

FORMATION DE LA PREMIERE ARMEE FRANCAISE – Les chefs, la troupe. Son armement, son équipement.

Au début de l’année 1943, alors que les troupes françaises d’Afrique du Nord étaient engagées dans la bataille de Tunisie dans des conditions précaires (1), tandis que les Forces Françaises Libres combattaient en Libye aux côtés de la 8e armée britannique ou s’efforçaient de la rejoindre à travers le Fezzan et les oasis italiennes de Koufra, des accords étaient signés à Anfa (Maroc) avec nos Alliés américains, concernant l’équipement d’une nouvelle armée française. Cette armée devait comporter 8 divisions. Le matériel commençait à débarquer dans les ports du Maroc et d’Algérie dès le printemps 1943. Les unités étaient immédiatement équipées et le matériel distribué. Après une courte période d’entraînement, elles étaient prêtes à être engagées dans la lutte aux côtés des Alliés.

L’effort accompli fut considérable, tant pour pouvoir mettre sur pied rapidement les unités, que pour en rassembler les effectifs.
La mobilisation atteignait initialement, en Afrique du Nord, les hommes des classes 1920 à 1946. Le contingent comportait en effet un grand nombre d’indigènes Nord-Africains. La constitution d’une armée moderne nécessitant une grande proportion de spécialistes, il était obligatoire d’atteindre par les mesures de mobilisation le plus grand nombre possible d’Européens. C’est pourquoi la mobilisation dut être étendue, pour ces derniers, à des classes anciennes. L’effort de guerre fut très poussé dans ce domaine et il était certain que l’économie nord-africaine en fut touchée. Cependant, l’élan était unanime et le moral incontestablement élevé. Il s’agissait pour ces fils de l’Empire de libérer la Métropole. Parmi eux se trouvaient de nombreux évadés de France qui n’avaient pas hésité à franchir la frontière d’Espagne pour regagner l’Afrique du Nord afin de continuer la lutte.

Enfin, les hommes qui, derrière les généraux Koenig et Leclerc, coloniaux, fusiliers marins, fantassins en provenance de la Légion étrangère ou d’autres corps, avaient résolu une fois pour toutes, dès 1940, de ne pas déposer les armes avant la victoire finale, rejoignaient les unités de l’Armée d’Afrique, après la victoire de Tunis remportée en commun. La fusion était réalisée.

(1) Leur équipement et leur armement étaient ceux de l’armée de l’armistice, tout à fait désuets et déjà usés par les premiers mois de la campagne.

C’était ces hommes des Forces Françaises Libres ou Nord-Africaines de toutes origines et appartenant à toutes les classes qui allaient former les premières grandes unités françaises. Certaines d’entre elles constituèrent, dès la fin de l’année 1943, sous les ordres du général Juin, le Corps Expéditionnaire Français qui devait participer d’une manière brillante aux opérations d’Italie, provoquer en mai 1944 la prise de Rome et poursuivre jusqu’à Florence les armées allemandes en retraite.
Mais pendant que ces premières unités faisaient en Italie la preuve de leur valeur, que les chefs s’affirmaient dans le domaine technique, et que chacun se familiarisait avec le matériel et l’équipement modernes, une armée d’invasion dénommée initialement l’Armée B, se constituait sous le commandement du général de Latte de Tassigny.

Le général de Latte de Tassigny avait, lui aussi, regagné l’Afrique du Nord pour continuer la lutte contre l’ennemi. Après une tentative de résistance lors des événements de novembre 1942, il avait été capturé, puis interné à Riom. Il était parvenu à s’évader de sa prison en sciant les barreaux de sa cellule, puis s’était mis à la disposition du général de Gaulle à Londres. Le général de Lattre était déjà un chef prestigieux. Son action, lors de la campagne de France en 1940, l’avait classé au premier rang des chefs militaires français. Ultérieurement, dans les divers commandements qu’il avait exercés, il avait montré de brillantes qualités de commandement et un esprit d’organisation incontestable. Enfin, lors de son évasion, il avait affirmé sa résolution farouche de continuer à combattre l’ennemi. Agé de 55 ans, extrêmement actif et énergique, d’une intelligence lucide et prompte, il connaissait en outre profondément la troupe ; comme tel, c’était bien lui le général français qui devait être choisi pour mener à la victoire l’armée française de la libération. Comme tout grand chef, il sut choisir ses collaborateurs ; il s’était entouré d’officiers d’élite, dont le général Valluy, son chef d’Etat-Major, était une des plus brillantes figures.

Après les opérations qui conduisirent à la libération de la Provence et du Sud-Est de la France, le commandement de la 1ère Armée Française fut organisé en deux corps : le 1er Corps d’Armée aux ordres du général Béthouart, le 2e Corps aux ordres du général de Goislard de Montsabert.

Le général Béthouart était une des plus brillantes figures de soldat qu’on ait pu remarquer au cours de la campagne 1939-1940. Spécialiste des troupes de montagne, il s’était illustré en particulier au cours de la campagne de Norvège. C’était le vainqueur de Narvik. Il reçut ensuite un commandement au Maroc, où il prépara clandestinement la résistance. A la suite du débarquement allié en Afrique du Nord, il fut désigné comme chef de la Mission Militaire Française aux Etats-Unis, et, comme tel, il prit une part très importante à la remise sur pied de l’Armée Française. A ses qualités de chef militaire, il joignait lui aussi une profonde connaissance des hommes ; nul mieux que lui ne connaissait les conditions particulièrement délicates dans lesquelles doivent être menées les opérations en montagne ou dans des conditions de climat rigoureux.

Le 1er Corps d’Armée comprenait trois divisions d’infanterie : la 9e Division d’Infanterie Coloniale, la 2e Division d’Infanterie Marocaine et la 4e Division Marocaine de Montagne.
La 9e Division d’Infanterie Coloniale était commandée par le général Magnan. Cette division était constituée d’unités coloniales en grande partie d’origine sénégalaise, stationnées en Afrique du Nord. Elle avait fait ses premières armes au cours de l’opération de débarquement à l’île d’Elbe en mai 1944.Cette opération qui avait été couronnée de succès, malgré les conditions dans lesquelles était organisée la défense de l’île, avait prouvé que les traditions de l’armée coloniale n’avaient pas varié et qu’elle était parfaitement apte aux opérations d’une guerre moderne. Ses unités affirmèrent leurs aptitudes lors du débarquement en Provence, mais à l’approche de l’hiver, les éléments sénégalais durent être peu à peu retirés du front et remplacés par de jeunes engagés provenant en majorité des Forces Françaises de l’Intérieur.

L’incorporation de ces jeunes gens donna à la division un caractère nouveau. Elle devint entièrement blanche, composée d’hommes engagés sous le signe du « double volontariat » : aux F.F.I. d’abord, dans l’armée régulière ensuite, encadrée par les officiers d’élite de la coloniale. Ces unités étaient animées d’une telle ardeur et d’une telle volonté de vaincre qu’après deux à trois mois d’instruction, elles se battaient aussi bien que les troupes d’Afrique déjà aguerries.

La 2e Division d’Infanterie marocaine, commandée par le général Carpentier, ancien chef d’Etat-Major du général Juin en Italie, comprenait des régiments qui, de par leur recrutement (région de Marrakech), étaient parmi les meilleurs du Maroc, et qui, en Italie, sous le commandement du général Dody, s’étaient couverts de gloire en décembre 1943, en janvier 1944, sur le Rapido, et plus tard en mai, au moment de la percée du front allemand sur le Garigliano. Elle comportait les 4e 5e et 6e régiments de tirailleurs marocains et le 3e régiment de Spahis marocains de reconnaissance.
La 4e Division Marocaine de Montagne comprenait les 1er, 2e et 4e régiments de tirailleurs marocains et le 4e régiment de Spahis marocains de reconnaissance. Cette division, engagée en Italie au mois de janvier 1944, avait joué au cours de l’offensive sur Rome, le 11 mai, un rôle décisif en perçant la ligne Gustav à travers les Monts Aurunci, réputés imprenables. A cette occasion, un groupement de Thabors marocains lui était adjoint pour constituer un corps de montagne. C’est ce cors qui parvint, contre toute attente, à escalader et à enlever les positions montagneuses de l’ennemi, puis à faire irruption sur ses arrières, permettant ainsi au commandement allié de réussir sa manœuvre pour la prise de Rome. Cette division était initialement commandée par le général Sévez, qui avait été remplacé par le général de Hesdin, ancien gouverneur militaire français de Rome.

Le 1er Corps d’Armée comprenait en outre deux divisions blindées, la 1ère D.B., sous les ordres du général Du Vigier, et la 5e D.B., sous les ordres du général de Vernejoul. Les divisions blindées n’avaient pas été engagées en Italie, mais lors du débarquement sur et au cours de la poursuite, la 1re D.B. devait faire preuve du mordant habituel aux cavaliers.

Cependant, elle avait été engagée dans un secteur de montagne dans lequel elle n’avait pu déployer toutes ses qualités. Quant à la 5e D.B., elle ne fut débarquée que fin septembre. Elle ne put, de ce fait, participer à la poursuite et ne rejoignit la 1ère Armée qu’au début d’octobre. Mais le recrutement des hommes, la qualités des cadres et l’entraînement particulier auquel elles avaient été soumises permettaient de donner à ces grandes unités modernes les missions les plus délicates, avec la certitude qu’elles s’en acquitteraient brillamment dans la ligne des traditions de la cavalerie française.
Le général de Montsabert qui avait reçu le commandement du 2e Corps était un des chefs militaires les plus célèbres de l’armée d’Afrique, où il avait fait à peu près toute sa carrière. Il joignait une profonde connaissance de l’Art Militaire (il avait été professeur d’emploi des armes à l’Ecole de Guerre) à des qualités de soldat incontestables. Il était d’une activité et d’une énergie inlassable, d’un courage physique exceptionnel. Connaissant profondément la troupe indigène, il pouvait lui demander beaucoup, sachant exactement ses besoins. Après avoir préparé clandestinement le débarquement de l’Armée alliée en Afrique du Nord, il avait immédiatement repris la lutte en constituant, dès le mois de janvier 1943, le corps franc d’Afrique, composé de volontaires de toutes origines, à la tête duquel il avait participé à la campagne de Tunisie et à l’entrée victorieuse à Bizerte le 6 mai 1943.
Le 2e Corps d’Armée comprenait deux divisions : la 3e Division d’Infanterie Algérienne et la 1ère Division Mixte d’Infanterie (1re D.M.I.).
Les régiments de la 3e D.I.A. s’étaient couverts de gloire en Tunisie, puis en Italie, où elle avait été constituée sous les ordres du général de Montsabert. Elle comprenait deux régiments algériens : le 3e R.T.A. et le 7e R.T.A., un régiment tunisien : le 4e R.T.T. et le 3e Régiment de Spahis algériens de reconnaissance. Cette brillante division se vantait d’avoir à elle seule fait plus de prisonniers de guerre et conquis plus de territoires que toutes les autres unités réunies du Corps Expéditionnaire Français. Malheureusement, elle avait aussi subi de lourdes pertes. Elle était entrée la première à Rome et à Sienne, et le 4e R.T.T., fin janvier 1944 ; s’était immortalisé au Belvédère lors de la bataille de Cassino. En France, la division était entrée la première, après de durs combats, à Toulon et à Marseille, et à travers les Alpes et le Jura, avait mené une poursuite vigoureuse qui l’avait conduite aux portes de l’Alsace. Cette division était maintenant sous les ordres du général Guillaume, ancien chef des Thabors marocains. Ceux-ci, qui étaient organisés en trois groupes, avaient été à peu près constamment rattachés, à la 3e D.I.A. A ce titre, ils doivent être mentionnés ici, quoiqu’ils eussent acquis antérieurement leur renommée d’incomparables guerriers.
La 1ère D.M.I., elle aussi, était une unité renommée, plus connue sous le nom de 1ère D.F.L., alors qu’elle appartenait aux Forces Françaises libres sous les ordres du général Koenig. Pour tout dire, elle groupait les hommes qui à Bir-Hakeim avaient si héroïquement soutenu l’honneur des armes françaises. Elle avait participé aux opérations de Libye, de Tripolitaine et de Tunisie, puis à celles d’Italie sous le commandement du général Brosset. Elle avait été constituée dès 1940 et à ce titre comportait des élément divers avec une majorité de légionnaires et de coloniaux, venus de tous les coins de l’Empire : Afrique, Pacifique, Antilles, avec la particularité d’avoir un régiment de reconnaissance formé de fusiliers marins.

Fière de son passé, elle conservait son particularisme et ses traditions acquises au cours de tant de glorieuses épreuves. Elle allait perdre son chef, le général Brosset, dès le début de l’offensive de novembre. Il fut remplacé à la tête de sa division par le général Garbay.
Outre les deux corps d’armée, la 1re armée française comportait les unités de réserve générales : goumiers marocains, bataillon de choc du colonel Gambiez, groupe de commandos d’Afrique du commandant Bouvet, bataillons de F.F.O., unités de renforcement d’artillerie et de génie et des unités de service.

L’équipement américain qu’avaient reçu les unités françaises était un équipement tout à fait moderne, auquel elles s’étaient parfaitement adaptées, tant au cours des périodes d’entraînement que pendant les combats qu’elles avaient eu à livrer. Mais il faut reconnaître que, si cet équipement était très moderne, l’armement n’était guère supérieur à celui des unités allemandes. Il est certain que la puissance de feu de l’ennemi égalait et surpassait même parfois celle de l’adversaire. En particulier, en ce qui concerne le matériel blindé, les tanks américains « Sherman 1943 », armés d’un canon de 76 mm, étaient inférieurs aux chars allemands « Tigre-Royal » ou « Jagdpanther », armés d’une pièce de 88, dont les projectiles à grande vitesse initiale ont une grande force de pénétration, ce qui leur permettait d’ouvrir le feu à une plus grande distance que leur adversaire. Il faut y ajouter que la largeur des chenilles, facteur très important par temps de neige, était en faveur du matériel allemand. En somme, le « Sherman » était un matériel très très maniable, mais trop léger et doté d’un canon insuffisamment puissant et ne pouvait acquérir de supériorité dans le combat que par le grand nombre ou la manœuvre.

L’effectif total de la 1re Armée française comptait en novembre 1944 environ 280.000 hommes. Les pertes relativement légères subies depuis le débarquement, les évacuations pour maladie dues à l’approche de l’hiver et à la fatigue des troupes, enfin le retrait des éléments coloniaux, avaient été compensés par de nombreux enrôlements volontaires effectués au cours de la traversée du territoire. Tout en conservant son caractère d’Armée d’Afrique en raison de son origine et de la prédominance des éléments qui la composaient initialement, la 1re Armée Française devenait une véritable armée nationale à l’image du peuple de France, celui de la Métropole et celui de l’Empire. Mais ce qui lui donnait son véritable caractère et ce qui faisait son unité, c’étaient la personnalité de son chef et le moral extrêmement élevé dont elle était animée. L’idée de revanche, l’esprit de la mission libératrice qui leur avait été donnée, la préparation technique et l’entraînement très poussé auquel ils avaient été soumis avaient fait de ces hommes, en majorité très jeunes, de véritables guerriers animés de la plus pure volonté de battre l’ennemi et du désir d’effacer par leurs exploits les sombres journées de 1940.


CHAPITRE II

LES CONDITIONS DE LA BATAILLE. – Le terrain. La physionomie du front, les organisations allemandes. Le dispositif de la 1re Armée Française. La 19e Armée Allemande.

A tous les problèmes d’ordre technique qu’avait à résoudre l’Etat-Major de la 1re Armée Française à son arrivée devant la porte de Bourgogne, venaient s’ajouter des difficultés d’ordre géographique. L’armée se heurtait à un obstacle dont l’ennemi avait su utiliser les ressources pour constituer une barrière à l’abri de laquelle il avait regroupé des unités en déroute.
En art militaire, les conditions géographiques jouent, en effet, un rôle primordial. Le terrain, par sa nature même, le système hydrographique, le réseau routier, le climat, sont autant d’éléments dont les chefs militaires à tous les échelons doivent tenir compte. Cet ensemble de conditions géographiques qui nécessite une étude très poussée avant toute opération, ne se présentait pas au Général commandant la 1re Armée sous des auspices très favorables.
Le front atteint par la 1re Armée Française au début de novembre partait de Pont-de-Roide près de la frontière suisse, contournait, vers l’Ouest, les deux villes de Montbéliard et de Belfort, à environ 25 km de chacune d’elles, remontait directement vers le Nord à travers le massif vosgien, évitant Le Thillot, et atteignait le col de la Schlucht, au nord duquel était établie la liaison avec l’armée américaine. Pour atteindre la haute Alsace et le Rhin, les Français avaient devant eux un « terrain » extrêmement difficile.
Au sud, les derniers contreforts du Jura présentent un série de pentes raides séparées par ses vallées parallèles orientées sud-ouest-nord-est et communiquant entre elles par des « cluses ». Le Doubs y circule sur les deux parties de son cours. Les routes y sont rares, et la circulation difficile ; en particulier, il n’existe qu’une seule route allant de la région de Pont-de-Roide à celle Audincourt-Montbéliard.
Au nord, le Massif Vosgien, dont les pentes boisées s’élèvent rapidement à partir des Basses-Vosges vers le Ballon d’Alsace, est très difficilement pénétrable en dehors des routes donnant accès aux cols, et constitue un véritable obstacle auquel les rigueurs du climat venaient s’ajouter.

Entre les deux obstacles des Vosges et du Jura, qui masquent vers l’est la plaine d’Alsace, se trouve la Trouée de Belfort, dont l’histoire a consacré l’importance militaire. Vers l’ouest, en avant de la Trouée, s’étend la plaine de Lure, partiellement couverte de forêts et sillonnée par les nombreux cours d’eau qui descendent des Vosges. A partir de la ligne Belfort-Montbélaird jusqu’à celle de Dannemarie-Burnhaupt, le couloir de Belfort se présente sous l’aspect d’un sol très accidenté, où s’enchevêtrent les contreforts du Jura, au sud, et ceux des Vosges, au nord.

Les affluents du Doubs y découpent de nombreuses crêtes. Plus au sud, dans la région de Suarce, à la ligne de partage des eaux entre le Rhin et la Saône, le terrain est parsemé d’étangs et de marais. Mais, hormis cette dernière région particulièrement désavantagée, la circulation est relativement facile à travers la Trouée de Belfort. Les routes y sont nombreuses qui relient le plateau de Langres à la Haute- Alsace.

La plaine d’Alsace commence réellement au nord de la ligne Bâle-Altkirch-Dannemarie. La ville de Mulhouse y constitue le centre de convergence des routes qui viennent des cols en empruntant les vallées des Vosges, de celles qui empruntent la Trouée et enfin de celles qui parallèlement au Rhin mènent à la Basse-Alsace. Elle est située à 12 ou 13 km du Rhin, mais l’écran de la forêt de la Harth, qui s’étire sur 25 km le long du fleuve, l’en sépare.
En résumé, le terrain par sa nature même se prête admirablement à la défense et est défavorable à l’assaillant. Car le couloir de Belfort à Mulhouse, seul champ de bataille pour qui veut accéder du plateau de Langres à l’Alsace, ou inversement, est barré par un système de défense édifié au cours de l’histoire et dont Belfort constitue le plus puissant bastion. La place fortifiée par Vauban, a subi depuis lors de nombreux aménagements. Elle est entourée d’une ceinture de forts : la Miotte, Roppe, et d’ouvrages occupés et réarmés par l’adversaire : le bois d’Oye, le Salbert.
Un deuxième point d’appui était constitué par l’agglomération ouvrière de Montbéliard-Sochaux, construite dans l’angle formé par les deux rivières, l’Allan et la Lizaine. La valeur défensive des villes industrielles a été démontrée au cours des la campagne de Russie. Les files d’ateliers, d’usines et de bâtiments de toutes sortes renforcés d’obstacles et de ruines, puissamment bétonnés parfois, se prêtaient aussi bien que des fortifications de campagne à briser une attaque motorisée.
En avant de ces deux môles de résistance et couvrant la route qui les relie, se trouvait le point d’appui d’Héricourt, petite ville industrielle et nœud routier important, qui avait été également fortifiée et préparée en vue de combats de rues.
En outre, les points d’appui étaient inclus dans un système défensif dont l’ennemi avait su renforcer la puissance et l’efficacité contre les armes modernes par toutes sortes d’organisations : casemates, réseaux, champs de mines, fossés antichars, etc.

Face à la 1re Armée Française, les forces ennemies, défendant l’accès e la Trouée de Belfort, étaient placées sous les ordres du 85e A.K., dont les organes de commandement se trouvaient à Belfort et Dannemarie, et dont le secteur s’étendait de la frontière suisse au sud, jusqu’à la ligne Miellen, Massevaux, Soppe-le-Bas au Nord.
Ce secteur était inclus dans la zone de regroupement de la 19e Armée allemande, dont les éléments avaient été disloqués au cours de la retraite désordonnée à travers le territoire français. Mais, depuis le mois de septembre, les effectifs avaient sensiblement diminué. A la veille de l’attaque, l’ennemi ne disposait entre la Suisse et les Vosges que d’une vingtaine de bataillons de types les plus variés, comprenant, outre les unités de la Wehrmacht, des formations provenant de la Marine ou de la Luftwaffe.

Ces éléments étaient approximativement répartis de la manière suivante. De la Suisse au Doubs : environ trois bataillons de formations diverses relevant de la 338e I.D. ; du Doubs à Champey, environ quatre bataillons de la Marine et de la Luftwaffe. Ces deux groupes d’unités constituaient le groupement Von Oppen.
Couvrant les avancées de Belfort vers l’ouest, dans la région Faymont-Etobon, trois à quatre bataillons sous les ordres de la 189e I.D. Plus au nord se trouvait la 159e I.D. dont la zone de commandement s’étendait aussi à certaines unités de la région d’Héricourt.

Le 85e A.K. disposait comme réserves locales de trois à quatre bataillons à Montbéliard, Giromagny, Belfort, Faverois, Dannemarie, Boron et d’une brigade SS-Panzer dans la région d’Héricourt.

En outre, la 19e Armée allemande pouvait mettre à sa disposition pour alimenter la bataille : le reste de la 338e I.D. dans le secteur de Cornimont, et la 30e Waffen-SS.

Il est à remarquer que si l’ennemi disposait d’effectifs suffisants sur la ligne de contact, appuyée par un dispositif d’artillerie largement articulé en profondeur, ses réserves tactiques étaient peu nombreuses et ses réserves stratégiques incertaines. Mais il faut se rappeler aussi que les positions allemandes étaient fortement organisées, particulièrement autour de Belfort. Dès la fin du mois de septembre, la population civile avait été réquisitionnée pour creuser des tranchées. Des champs de mines très importants avaient été disposés en avant des positions « clés ». En profondeur, la position de contact particulièrement aménagée au cours de la période de stabilisation était suivie de deux lignes successives : la 1re position de résistance, bien préparée, s’appuyait sur Belfort, Montbéliard et Delle, la 2e position de résistance était jalonnée par Rougemont, Dannemarie, Seppois. Ces deux positions n’étaient pas occupées d’une manière systématique. Elles ne devaient être utilisées qu’en cas de besoin, si la bataille sur la ligne de contact ne pouvait être acceptée ou si cette ligne était percée et que l’on dût livrer une nouvelle bataille pour colmater la brèche. En somme, les mêmes troupes devaient occuper successivement ces trois positions avec l’appoint successif des réserves qu’il serait nécessaire d’engager. L’excellent réseau routier de la plaine d’Alsace permettait leur arrivée rapide et l’ennemi pouvait compter sur de larges possibilités de manœuvre, à moins qu’une action offensive de la 7e Armée U.D. ne fût conduite parallèlement à l’attaque de la 1re Armée Française.

Les ponts-rails de Chalempé et de Brisach étaient encore intacts, ainsi que les divers ponts de bateaux sur le Rhin. Des réserves en provenance de l’intérieur du Reich étaient susceptibles de renforcer à bref délai la défense de la Trouée de Belfort.

En résumé, l’ennemi occupait très fortement la position de contact et disposait en arrière de deux positions très fortes sur lesquelles il pouvait accepter la bataille avec avantage étant donné ses possibilités de manœuvre.

CHAPITRE III

LES PREPARATIFS DE LA BATAILLE. – La prise de contact des positions allemandes. Tentatives de débordement. Le dispositif de la 1re Armée Française. Plan du Général de Lattre. La mise en place des troupes.

Les conditions défavorables dans lesquelles l’armée française était arrivée au pied de l’obstacle à la fin du mois de septembre n’avait pas empêché le général de Lattre de tenter de le franchir ou de le contourner. On pouvait penser, en effet, que l’ennemi n’avait pas disposé du temps suffisant pour regrouper complètement ses forces et organiser ses positions.

Devant le raidissement de la résistance allemande en avant de Belfort et de Montbéliard, c’est dans les Vosges que la solution avait été recherchée. Le 2e C.A. disposant des deux divisions blindées, 1re et 5e D.B., avait reçu l’ordre d’engager une série d’actions offensives dans le secteur Moselle-Moselotte. D’importants gains de terrain avaient été réalisés. Mais, là aussi, l’ennemi s’accrochait au terrain et manifestait même une grande activité d’artillerie et de reconnaissance. Les conditions atmosphériques devenaient de plus en plus défavorables.

D’autre part, le Général commandant la 1re Armée devait tenir compte de la nécessité d’appuyer et de couvrir le 6e C.A.-U.S. qui attaquait dans le Nord et demandait à plusieurs reprises que le front tenu par l’Armée Française fût étendu.

Les opérations offensives du 2e C.A. durent être arrêtées le 18 octobre. Le général de Lattre n’en conservait pas moins ses intentions offensives qu’il exprimait dans son instruction personnelle et secrète n° 4 adressée à ses deux commandants de corps d’armée.

Mais il devait subir la nécessité de « préparer » une attaque de style. Et cela impliquait des délais.
Après l’arrêt des opérations du 2e Corps dans le secteur Moselle-Moselotte, la 1re Armée Française tenait, avec quatre divisions d’infanterie en ligne, un front de 115 km, s’étendant de la Forge (10 kilomètres à l’ouest de Gérardmer) à la frontière suisse. Le dispositif général des forces en contact était alors le suivant :
Au nord, le 2e C.A. avec deux divisions en ligne tenait le front : la Forge, Cens-la-Ville, Lansauchamp, le Haut-du-Faing, les hauteurs au sud de Cornimont, la Tête du Midi ; ces positions étaient occupées par la 3e D.I.A.. Plus au sud, la 1re D.I.M. tenait Lettraye, les hauteurs ouest de Haut-du-Them, la Pilie, la houillère de Ronchamp.
Au sud, le 1er C.A. avait également deux divisions d’infanterie en ligne : la 2e D.I.M., qui tenait le front Eboulet, Frederic-Fontaine, Lomontot, Migna, Villers, Longeville ; et la 9e D.I.C. ; dont le front passait au sud de Colombier-Châteleau, et aux lisières nord de Grand-Bois, d’Autrechaux et de Blamont.

Elle disposait en réserve, dans la région de Luxeuil, Vesoul, de deux divisions blindées : 5e et 1re D.B., cette dernière récemment retirée du front et ayant besoin d’une remise en condition. Elle disposait, en outre, d’unités diverses : le 1er Régiment de parachutistes, le Groupement de Commandos, le 7e R.C.A. stationnées en arrière du front.

Cependant, dans les premiers jours de novembre, comme suite aux instructions reçues du 6e Groupe d’armées U.S., lesquelles demandaient à la 1re Armée française d’entreprendre un puissant effort dans la région sud de Gérardmer pour appuyer la 7e Armée U.S., le Général commandant l’armée dut ordonner au 2e C.A. de déclencher une attaque à objectif limité dans le secteur de la 3e D.I.A. sur l’axe Sapois, Rocheson. A la date prévue, le 3 novembre, l’attaque de la gauche du 2e C.A. débouchait sur un front de 15 kilomètres entre Julienrupt au nord et la Moselotte de Lansauchamp au sud. L’attaque se heurtait, dès l’abord, à une violente opposition. Cependant, grâce à l’effet de surprise réalisé, grâce aussi au résultat des feux d’appui de l’artillerie et de l’aviation, la résistance ennemie fut écrasée et l’objectif fixé était en majeure partie atteint dès le 3 novembre au soir. Après quatre jours de combat, du 3 au 6 novembre, la gauche du 2e Corps avait réalisé une progression moyenne de 4 à 5 kilomètres, aligné son front sur la ligne la Forge, Haut-du-Faing et, par la conquête de positions importantes telles que la Roche-des-Ducs et la Tête-de-la-Neuve-Roche, avait placé l’important nœud de communications de Vagney à l’abri des tirs observés de l’artillerie ennemie : 152 prisonniers avaient été faits dans le secteur de la 3e D.I.A. Nos pertes s’élevaient à 127 tués ou disparus et 517 blessés.

Ces opérations, quoi qu’elles eussent eu à remplir un but stratégique d’ensemble, entraient pour une part dans les vues du général de Lattre. Il importait, en effet, de laisser croire à l’ennemi que le commandement français persistait à vouloir réaliser la « percée » à travers les cols des Vosges. Les opérations antérieures menées par le 2e C.A. le lui avaient laissé croire. D’autre part, une campagne de fausses nouvelles était déjà lancée en vue de le maintenir dans cette supposition.
L’intention du général de Lattre était tout autre. Son plan consistait à lancer son attaque principale dans la trouée de Belfort en débordant largement la place par le sud en direction de Mulhouse, tout en exerçant une forte pression contre l’ennemi dans la partie méridionale des Vosges, de manière à le rejeter si possible au-delà des crêtes ou tout au moins à immobiliser ses réserves durant le développement de l’action principale.
Le 1er Corps d’Armée du général Béthouart, chargé de cette action, devait donc mener une véritable bataille de rupture. Etant donné la nature des positions auxquelles il allait falloir donner l’assaut, il était nécessaire de réaliser une surprise totale de manière à pouvoir exploiter immédiatement la percée, faire irruption sur les arrières de l’ennemi et l’empêcher de se ressaisir soit sur la première position de résistance soit sur la deuxième.
Le plan impliquait donc que le maximum de moyens, en particulier en blindés et en artillerie, fût attribué aux unités chargées de fournir l’effort. C’est pourquoi, dès la deuxième quinzaine d’octobre, alors que le général de Lattre eût décidé de réaliser sa manœuvre et en eût arrêté la date, le glissement des forces nécessaires à l’opération fut exécuté dans le plus grand secret.

L’instruction personnelle et secrète n° 4 avait fixé la forme générale de la manœuvre, les missions et les objectifs des corps d’armée. Aussi, tandis que les troupes piétinaient sur les positions ne se livrant qu’à des actions locales, et que les blindés s’enlisaient dans la boue et la neige, les commandants des grandes unités mettaient au point les détails de l’opération. Des mesures draconiennes furent prises en vue de garder le secret : tous les documents d’Etat-major étaient dactylographiés et portés aux destinataires par les officiers d’Etat-major eux-mêmes.
En même temps que la campagne de fausses nouvelles était lancée tendant à laisser croire à l’imminence de l’attaque dans le secteur des Vosges, on alla jusqu’à entretenir dans l’esprit du soldat une psychose « de déception » quant aux intentions offensives du Commandement. La 5e D.B. fut envoyée « au repos » dans la région de Remiremont.

Cependant le général Béthouart, retiré dans son Q.G. sur une colline du Jura, loin de toute agglomération, travaillait en silence avec son état-major, pour mettre méticuleusement au point les détails de l’attaque. Tandis que le 2e C.A. maintenait son attitude agressive sur tout le front des Vosges, une quantité considérable de munitions et la grosse artillerie étaient discrètement mises en place derrière le front d’attaque du Doubs. Les blindés quittaient les hautes vallées des Vosges pour se regrouper dans la région de Vesoul-Remiremont, puis étaient ramenés subitement vers le sud, de nuit, tous feux éteints, dans les quarante-huit heures précédant le déclenchement de l’offensive.

C’est le 11 novembre que le général de Lattre lance à ses commandants de Corps, l’ordre général d’opérations n° 148 fixant les opérations à entreprendre à partir du 13 novembre.
Tenant compte des conditions atmosphériques, actuelles dans la zone de la 1re Armée et « notamment de l’importance des étendues de terrain inondées, les missions données sont les suivantes : le 1er C.A. doit tendre à un étroit resserrement du contact des centres de résistance avancés de l’ennemi, de manière à s’assurer les meilleures bases de départ pour une « vigoureuse poursuite de l’offensive avec les blindés, aussitôt que les circonstances le permettront ». Les actions doivent être exécutées par une infanterie « dosée économiquement », mais appuyée par toute l’artillerie disponible. Elles doivent débuter le 13 novembre entre frontière suisse et Doubs, pour s’étendre progressivement au-delà du Doubs, jusqu’à la Forêt de Granges.

Le 1er C.A. a été puissamment renforcé. Outre ses unités organiques, 2e D.I.M. et 9e D.I.C., il dispose de la 5e D.B. (elle-même renforcée d’éléments de la 1re D.B.) et de la 4e D.M.M., du 9e régiment de Zouaves, du Groupement Gambiez (bataillon de choc, commandos de France, unités F.F.I.), d’un groupement de Thabors marocains et enfin d’un régiment de Dragons renforcé du groupement F.F.I. Merlat. Quinze groupes d’artillerie lui appartiennent en propre, alors que la plus grande partie de la réserve d’artillerie d’armée travaille à son profit.
Quant au 2e Corps, il devait, à partir du 13 novembre, se montrer aussi actif que le permettaient ses faibles moyens. Il devait se tenir en mesure d’appuyer, dès qu’il en aurait reçu l’ordre, l’action menée à l’aile gauche du 1er C.A. en fixant l’adversaire dans le bois de Champagnay. Le 2e C.A. en était réduit à ses éléments organiques augmentés seulement de deux groupements de Thabors marocains.

CHAPITRE IV

La bataille. – Conditions du débouché de l’attaque, Bataille du Doubs. Exploitation en Haute-Alsace et bataille de Belfort. La réaction allemande. Manœuvre d’encerclement de Burnhaupt. Le bilan de la bataille.

Conditions du débouché de l’attaque. – L’attaque du 1er Corps devait s’effectuer en deux temps. D’abord entre Villersexel et la région d’Ecot, dans la journée du 14, puis jusqu’à la frontière suisse dans la journée du 15.
La brume et le mauvais temps ayant considérablement gêné la mise en place des tirs d’artillerie, les opérations ne purent commencer que le 14 à midi. Cependant, il y avait eu, au cours de la matinée, de courtes éclaircies qui avaient permis quelques sorties de « Piper cub » (1)
La préparation fut cependant efficace et s’applique exactement sur les organisations allemandes repérées.
La bataille du Doubs. – L’attaque du 14 s’étendait sur un front de 20 kilomètres. Elle était menée de part et d’autre du Doubs par la 2e D.I.M. et la 9e D.I.C. Le sol était détrempé par le dégel ; une pluie diluvienne et des bourrasques de neige gênaient considérablement les assaillants et interdisaient absolument l’appui de l’aviation. De plus, le terrain était parsemé de pièges et tous les ponts avaient été détruits. Malgré ces difficultés tous les objectifs de cette première journée étaient atteints et même, en certains points, dépassés en fin d’après-midi. Au nord du Doubs, la 2e D.I.M. réalisait une avance de près de 5 kilomètres atteignant Marvelize, Monthenois, Beutal et capturant une centaine de prisonniers. Au sud du Doubs, la9e D.I.C. atteignait l’important centre de résistance d’Ecot, faisant également plus de 100 prisonniers.
L’attaque du 15 s’étend à droite jusqu’à la frontière suisse, sur un front de 40 kilomètres. Comme la veille elle se poursuit au milieu de bourrasques de pluie et de neige, mais avec une extrême vigueur pendant toute la journée. En dépit des mines et des pièges dont l’ennemi a infesté le terrain et malgré une résistance acharnée de l’adversaire, la progression est générale sur tout le front d’attaque et atteint, après deux jours de bataille, une profondeur moyenne de 6 à 8 kilomètres. Les progrès sont particulièrement notables dans la région de Montenoy et d’Arcey, où les chars de la 5e D.B. sont entrés en action ; après la prise de ces deux localités, nos troupes atteignent le soir les lisières de Saint-Marie. A l’extrémité Est du front,les éléments de la 9e D.I.C. et le 9e Zouaves traversent le plateau de Blamont et s’emparent de Roche-de-Blamont. Déjà les défenses allemandes sont submergées. L’ennemi, mésestimant nos possibilités et nos intentions, a accepté la bataille sur les positions de contact. Cependant dès le 14 la surprise a été totale chez l’ennemi. On a retrouvé le corps du général allemand Hachmann, commandant la 338e D.I., tué au cours de notre violente préparation d’artillerie du 14, alors qu’il effectuait une reconnaissance en première ligne. Son officier d’ordonnance est fait prisonnier. Les documents et les déclarations recueillies confirment les effets de la surprise
(1) Avion d’observation d’artillerie.

Dans la journée du 16, les succès remportés la veille entre le Doubs, et la frontière suisse, ainsi que ceux des 2e D.I.M. et 5e D.B., au nord du Doubs, en direction de Montbéliard, sont vigoureusement exploités en dépit de la résistance acharnée de l’ennemi qui a reçu l’ordre de défendre coûte que coûte les positions occupées et qui met à profit la nature du terrain pour retarder au maximum la progression de nos troupes. Héricourt est pris dans l’après-midi du 17. Dès lors, la position de Montbéliard-Sochaux, qui constitue, après le système fortifié de Belfort, le deuxième point d’appui barrant la Trouée, est compromise. En effet, la progression entre Suisse et Doubs a amené nos troupes dans la région d’Audincourt. La brillante action du 9e Zouaves encadré par le 21e R.I.C. et le 6e R.T.M. (de la 4e D.M.M.) aboutit à la percée du dispositif ennemi au nord de Roche-les-Blamont et permet aux chars de général du Vigier de franchir la redoutable coupure du Gland et de prendre pied sur le plateau de Delle. Héricourt enlevé, un « Combat-Command » de la 5e D.B., le CC 5, entre dans Montbéliard le 17 en fin de journée. La place tombe entre nos mains le 18 après de violents combats de rues mais avec ses ponts intacts. Le groupe franc des F.F.I. de Montbéliard a pu heureusement intervenir pour empêcher leur destruction.
L’acharnement entêté de l’ennemi à conserver la position de contact malgré la faiblesse de ses réserves (celles qui sont prélevées au nord du secteur d’attaque sont immédiatement engagées mais alors que la situation est déjà compromise), a fait que l’ »événement décisif » s’est produit : la 5e D.B. et la 2e D.I.M. ont rompu le front ennemi face à Belfort. La 9e D.I.C. et les zouaves l’ont percé à l’est du Doubs ; par ce couloir les chars de la 1re D.B. vont pouvoir se lancer par Delle en direction de l’Alsace et du Rhin. La bataille du Doubs est gagnée.

Son dispositif disloqué, l’ennemi n’a plus la possibilité de se rétablir sur la première position de résistance Belfort-Delle, sauf temporairement autour de Belfort, où il a pu récupérer une partie des éléments repliés sur la zone située immédiatement au nord de la zone d’attaque. Mais les éléments ennemis n’ont pu s’opposer, entre le canal et la Suisse, à la poussée de nos éléments de protection qui, dès le quatrième jour de l’offensive, le 18 novembre, vont s’engouffrer en Haute-Alsace. Disposant d’effectifs limités, de peu d’artillerie, dépourvu de blindés, l’ennemi n’exécute pas les puissantes contre-attaques conformes à ses méthodes habituelles. Le commandement ne donne à aucun moment l’ordre de repli sur une des nombreuses lignes qu’il avait cependant si minutieusement préparées. Au cours de cette phase, la défense reste surtout une défense d’infanterie, pratiquement réduite à ses seuls moyens et constamment prise de vitesse. Infanterie brave et aguerrie dont la ténacité s’émousse vite devant nos attaques répétées, le mordant de nos troupes et l’impuissance du commandement allemand à tenter une manœuvre de rétablissement.

L’exploitation en Haute-Alsace et la bataille de Belfort. – La bataille se développe plus rapidement à partir de la journée du 19 ; L’aile droite de la 1re Armée française passe à l’exploitation de la percée tandis qu’à la faveur de ce débordement se déroule la manœuvre tendant à s’emparer de la place de Belfort.
Dès le 17 au soir en effet, le général de Lattre, jugeant parfaitement la situation, a établi son ordre général d’opérations n° 159 pour l’exploitation, telle qu’elle a été prévue par l’instruction personnelle et secrète n° 4 en date du 24 octobre : il s’agit de s’emparer des débouchés Est de la Trouée de Belfort et simultanément de réduire les défenses de la place. Ensuite l’intention du général commandant l’armée est de poursuivre, à partir du 19 novembre, l’exploitation en plaine d’Alsace sur les directions : Rougemont-Cernay-Colmar et Dannemarie, Mulhouse, Brisach (Chalampé), tout en prenant à revers les passages des Vosges.
Le général de Lattre concentre son artillerie devant la place forte afin d’en écraser les forts et les ouvrages tandis que les blindés de la 1re D.B., soutenus par l’infanterie de la 4e D.M.M., exploitent en direction dur Rhin entre le canal du Rhône et la frontière suisse. La division blindée était lancée au-delà de Montbéliard le long de la frontière avec, pour mission, de foncer en direction de l’Est jusqu’au Rhin sans tenir compte des réactions ennemies sur son flanc gauche. Un régiment de la 4e D.M.M. devait, dans son sillage, nettoyer et occuper le terrain puis se rabattre sur le Nord de manière à en protéger le flanc gauche et à menacer les arrières du système fortifié de Belfort.
Delle est enlevée dans la soirée du 18 ; les blindés atteignent les abords de la forêt de Seppois, Malgré le terrain dont nous connaissons les difficultés auxquelles s’ajoutent les inondations s’élevant des écluses détruites, les ponts sautés et le mauvais temps persistant, la 1re D.B. s’engouffrait dans la Trouée. Bousculant toutes les résistances ennemies, elle atteignait dès le 20 le Rhin à Huningue, puis, sans ralentir son allure, elle fait face au Nord et s’empare de Mulhouse le 21 novembre, après une lutte violente. La 4e D.M.M. vient occuper la ville le lendemain et se déploie face au Nord et à l’Ouest, de manière, tout en occupant le terrain conquis, à protéger le flanc gauche du dispositif et à menacer les arrières de la position de Belfort.
Du 21 au 24 novembre, la ville de Mulhouse est nettoyée, une partie de l’état-major de la 19e armée allemande, avec 1.500 officiers et soldats qui résistaient dans les casernes, sont faits prisonniers. Cependant la 1re D.B. pousse des reconnaissances sur Ensisheim, Morchwiller et de nombreuses localités du Sundgau. A la faveur de ce débordement et de la menace qui pèse ensuite sur les arrières allemands, les troupes de la 2e D.I.M. parviennent sur les avancées de Belfort et en disloquent tout le système défensif.
Après s’être heurtées au mont Vaudois, elles enlèvent successivement les ouvrages qui couvrent la place à la suite d’engagements acharnés .Après une action de nuit menée par le groupe de commandos Bouvet, sur le Salbert, les chars du CC 6 et de la 5e D.B. entrent en trombe dans la ville le 20 novembre à l’aube. Elle est entièrement nettoyée le 21 novembre, deux jours après que nos premiers éléments y eurent pénétrés.

A l’aile gauche de la 1re Armée française, la journée du 19 était aussi décisive : malgré son front très étendu et des forces relativement faibles, le corps Montsabert attaque dans les Vosges méridionales à travers le massif en direction des crêtes. Il s’empare de Champagney, de Gérardmer, de la Bresse. Avec une ardeur, une audace et un sens manœuvrier auxquels on ne saura jamais assez rendre hommage, les troupes de la 3e D.I.A. atteignent le ballon d’Alsace et la crête principale des Vosges au prix des pires difficultés. Livrant de très durs combats, ces troupes descendent dans les vallées de Masevaux et de Saint-Amarin
Ainsi, en exécution des missions judicieuses données aux deux corps français dans le plan du général de Lattre, la manœuvre c..çue s’exécute ponctuellement.

La réaction allemande. – L’ennemi tente cependant de se rétablir sur la limite arrière de la première position (Belfort-Delle), puis sur la limite avant de la position (Rougemont-Dannemarie-Seppois).
Le commandement essaie de reprendre la situation en main avec plus de méthode et en coordonnant l’action des troupes au contact, cependant que l’infanterie allemande confirme à nouveau et son agressivité et la maîtrise avec laquelle elle sait mener les combats sous bois.
A la fin de la journée du 19, le front français s’était, nous l’avons vu, dangereusement étiré. Il suivait la Savoureuse de Belfort à Chatenois, le canal de Morvillars à Bretagne, puis passait par Chavenatte, Suarce, Lepuix-Delle, Carspach, Illfurth, Mulhouse.
En somme, il avait pris la forme d’une poche dont le fond touchait à la route de Bâle à Montbéliard dans la région Lepuix-Delle, Suarce et dont les flancs s’élevaient vers Masevaux à l’Ouest, Mulhouse à l’Est. L’étroitesse et la vulnérabilité du couloir de communications à hauteur de Delle et Lepuix-Delle n’avait pas échappé à l’adversaire.
L’ennemi, accroché sur tout son front par l’agressivité de nos troupes, a là l’occasion de menacer sérieusement nos communications, voire de couper les éléments de pointe du gros de la 1re Armée, en attaquant directement du Nord au Sud, en direction de la frontière suisse.
A partir du 21, l’ennemi engage successivement au sud de Dannemarie la 30e W. SS : de Sélestat, des éléments de la 269e I.D. et de la 198e I.D., et pour la première fois, un bataillon de nouveaux « Jagdpanthers », redescendus des Vosges dans une action visant à isoler de nos gros, nos éléments de protection arrivés au Rhin, et vraisemblablement à rétablir l’intégrité de la position dans le triangle Dannemarie-Delle-Seppois.

L’attaque déclenchée le 21 permet à l’ennemi de reprendre Chavannes, Suarce Lepuix-Delle ; des éléments arrivent même jusqu’à Réchésy. Le 24 au soir, la situation, sans être inquiétante, devient sérieuse. Des combats acharnés se déroulent à l’Est et au Sud de Belfort sans résultats tangibles. L’ennemi contre-attaque par la vallée de la Suarcine. Le 25, des éléments de réserve français composés de « Combat-command » et d’unités de F.F.I. doivent être engagés pour rejeter l’adversaire qui menace et harcèle nos communications à hauteur de Seppois et Réchesy.

Manœuvre d’encerclement de Burnhaupt. – Au moment où l’ennemi s’engage dans cet esprit, le général de Lattre, faisant fi de la menace, décide au contraire de mettre à profit les opérations de l’ennemi pour tenter de prendre au piège les troupes engagées dans la poche. Le 26, il prescrit au 1er Corps d’armée de pousser avec la 1re D.B. et la 4e D.M.M. à partir de Mulhouse sur Burnhaupt, et au 2e Corps d’armée d’agir sur la direction Masevaux-Burnhaupt, tout en fixant l’adversaire sur les flancs et au fond de la poche. Ainsi l’ennemi doit être pris à son propre jeu.

Pendant que, devant la menace allemande au fond de la poche, nos unités réagissent brutalement et rejettent l’ennemi au nord du canal du Rhône au Rhin, détruisant de nombreux chars et faisant plusieurs milliers de prisonniers, sur les flancs de la poche, la 2e D.I.M. monte une puissante action de force pour venir à bout de la résistance acharnée de l’ennemi et débouche de la région de Masevaux, qui a été pris le 26, sur Burnhaupt. La 1re D.B., de son côté, qui a devant elle un terrain difficile, infesté de mines et garni de pièces antichars, parvient, malgré les efforts de l’adversaire, après avoir réduit l’un après l’autre tous les centres de résistance, à réaliser sa jonction avec le 2e corps d’armée sur le plateau de Burnhaupt. Le 28 novembre, à 16h, la 5e D.B. a atteint Dannemarie à la suite d’une action menée au cours de la journée du 26. Le nettoyage de la poche maintenant fermée où subsistaient encore des unités allemandes fut exécuté dans la journée suivante.
Après son échec devant Dannemarie et devant la menace d’encerclement, l’ennemi décidait à partir du 26 de « faire la part du feu » et commençait une manœuvre en retraite classique par larges bonds. Il doit se replier jusqu’à la Doller où il peut réaliser un système défensif relativement cohérent.

Mais la victoire de Haute-Alsace était consommée. La mission fixée à la 1re Armée française était remplie. En quinze jours le bastion des Vosges méridionales avait été abattu sous les coups des six divisions du général de Lattre de Tassigny.
Dix-sept mille prisonniers, plus de 100 chars détruits, un butin énorme, tel était le bilan de ces quinze jours de bataille.
Le succès d’une opération qui, a priori, semblait être aléatoire si l’on se rappelle les conditions dans lesquelles elle fut engagée, et en particulier celles du terrain et du mauvais temps, témoigne à la fois de la valeur du plan établi par le chef et de l’habileté et des qualités militaires des exécutants. Cette victoire était en outre l’expression de ce qu’on pouvait attendre désormais de l’armée française où se trouvaient maintenant amalgamés des Français de la métropole et de l’Empire, des soldats d’Afrique, des coloniaux, des recrues provenant des Forces de la Résistance. Tous avaient fait preuve, au cours des combats, d’un allant et d’un dévouement qui rappellent les plus glorieuses périodes de notre passé militaire.

CHAPITRE V

LES OFFENSIVES DE NOVEMBRE dans le cadre de la bataille du Rhin. La prise de Strasbourg par la division Leclerc. La libération de Metz.


Pendant que la 1re Armée française gagnait la bataille de la Trouée et remportait le trophée de la course au Rhin, la 7eArmée américaine passait aussi à l’offensive à partir du 15 novembre et livrait une bataille de même nature pour la Trouée de Saverne.

La manœuvre américaine pour Saverne consistait à attaquer au centre sur l’axe Blamont, Sarrebourg, Phalsbourg. La division Leclerc, 2e division blindée française, qui lui était rattachée, avait pour mission de couvrir le flanc droit de cette attaque en lançant de forts éléments cuirassés chargés de déborder la résistance ennemie en se portant sur ses arrières pour y désorganiser ses moyens de commandement et ses réserves. Ultérieurement, elle devait ouvrir aux forces américaines la route de Phalsbourg et de Saverne.
Il est temps de parler ici de cette fameuse division qui depuis sa création volait de victoire, en victoire. Elle avait recueilli l’héritage de la glorieuse colonne du Tchad formée dès 1940 par le commandant Leclerc. Partie de Fort-Lamy, cette colonne fit ses premières armes sur les oasis italiennes de Koufra, puis ayant opéré sa jonction avec la 8e armée britannique à Tripoli au début de 1943, elle avait participé brillamment avec elle à la campagne de Tunisie. Après la victoire de Tunis, elle constitua la 2e D.B. avec ses anciens éléments augmentés de nombreux volontaires et fut rééquipée avec du matériel américain au Maroc. Elle y poursuivit l’entraînement de ses nouvelles recrues jusqu’à son départ pour l’Angleterre où elle stationna un certain temps avant de débarquer en Normandie. Poursuivant l’ennemi en retraite, la 2e division blindée atteignit rapidement Argentan.
A l’annonce de l’insurrection parisienne, elle fonçait vers la capitale en une seule étape de 200 kilomètres et mettait le terme à sa Libération. Le 25 août, le général allemand von Choltitz, commandant la place de Paris, remettait son épée aux mains du général Leclerc. Sans cesser de combattre, les blindés entrèrent en Haute-Marne et opéraient, le 12 septembre, à Châtillon-sur-Saöne, ainsi que nous l’avons vu, la jonction des forces alliées du Nord avec celles au pied des Vosges, prenaient Baccarat le 31 octobre.
Dès le début de l’offensive américaine, Raon-l’Etape était enlevée, le Donon était contourné et Saint-Dié était atteint. Sarrebourg était pris le 21. C’est alors qu’intervint la division Leclerc, la 2e D.B., qui avait suivi à travers la France la progression-éclair de la 7e Armée américaine.

Le 18 novembre, les divisions américaines se trouvent arrêtées en avant de Cirey-sur-Vezouse. La division Leclerc attaquant à revers s’empare du village et poursuit vers le Nord son action sur les arrières des lignes allemandes. Les positions soigneusement préparées par l’ennemi sont dépassées avant d’avoir pu être utilisées. Le général Leclerc mesure alors les possibilités de manœuvre qui lui sont offertes à la suite des avantages remportés les jours précédents. Ne voulant pas laisser à l’ennemi le temps de se ressaisir, il décide de foncer avec toutes ses forces sur Strasbourg sans attendre l’arrivée des troupes américaines. Pour cette opération, la division est fractionnée en quatre colonnes progressant sur trois routes. La route du centre est interceptée à Phalsbourg par une position allemande très fortement tenue. Celle du Sud qui passe par Dabo et le col de Wolsberg amènent les blindés au sud de Saverne, tandis que celle du Nord, débordant largement Phalsbourg, conduit la colonne Rouvillois à tailler en pièces, à la Petite-Pierre, une division allemande en retraite. Dix mille prisonniers y sont faits en un matériel considérable est capturé.
Mais la situation de la 2e D.B., à 25 kilomètres en avant des forces américaines, présentait des risques sérieux. Au cours de la journée du 22, le général Leclerc réalise un dispositif tendant à couvrir les différentes fractions de la division du côté de la plaine face à l’Est. Deux bataillons d’infanterie américains ont été mis à sa disposition et sont employés à couvrir ses flancs. Pendant ce temps, les deux colonnes venues du Nord et du Sud se rabattent sur Saverne et y font leur jonction le 22 à midi trente. Un détachement est alors poussé sur Phalsbourg. La place assaillie des deux côtés ne doit pas tarder à capituler. Le même jour, à 19h, l’ordre verbal suivant est adressé au P.C. de la division : « Aider le 6e C.A. américain à attaquer Strasbourg. Si la 2e D.B. a pris de l’avance sur le 6e corps, elle attaquera Strasbourg seule. »
Ces indications consacrent la décision du général. Laissant un de ses groupements devant Phalsbourg, quatre autres groupements sont découplés sur Strasbourg dans la journée du 23. L’opération peut paraître hasardeuse, car il s’agit de faire un bond de 40 kilomètres dans l’inconnu. Trois groupements se heurtent bientôt à la résistance des forts en avant de Strasbourg. Mais le groupement Rouvillois qui progresse au centre par la grand’route Saverne-Strasbourg, le long de la vallée de la Zorn, a trouvé le chemin libre et pénètre dans la ville dès les premières heures de la matinée. Il adresse à 10h 30 le message suivant : « Ayant laissé permanence à la Kommandantur, je fonce sur le pont de Kehl. ». Dès lors, les groupements voisins peuvent manœuvrer et participent bientôt au nettoyage de la place. La surprise a été complète. Les chars français ont fait irruption dans la ville alors qu’elle reprenait paisiblement son activité journalière. Plus de 5.000 Allemands sont ainsi ramassés dans les rues et dans les casernes. Le général Vaterodt, commandant la place, doit se rendre après un bref bombardement du fort Ney où il s’était retiré et signe l’ordre de reddition des forts.
Pendant ce temps, Phalsbourg était enlevée sous les assauts combinés franco-américains et le groupement sud couvrant le flanc droit de la division s’emparait de Wasselonne et progressait vers Molsheim.

La libération de Strasbourg était réalisée et le Rhin de nouveau atteint. Ces brillants résultats étaient le fruit d’une victoire française due à une manœuvre aussi audacieuse que réfléchie, conduite avec une ardeur et une maîtrise qui provoquent l’admiration.

De son côté, la 3e Armée américaine avait livré, au cours de septembre, de très violents combats sur le front de la Moselle et de la Meurthe. Sa progression avait été peu à peu ralentie, au fur et à mesure de sa pénétration en Lorraine. Au Sud de Mets, des résultats substantiels avaient été obtenus ; Nancy était libéré. Mais là aussi les Allemands s’étaient ressaisis et après avoir reçu des renforts ils réagissaient avec vigueur. A la fin du mois de septembre, le front s’était établi sur la rive Ouest de la Moselle. Au Nord de Metz, les unités américaines se heurtaient à la ligne Siegfried qui leur barrait la route le long de la Sarre, au débouché du Luxembourg. Dans cette région, les unités de la 3e Armée U.S. durent s’arrêter à l’Ouest de Thionville et le long de la rive gauche de la Moselle. Metz, le plus puissant bastion de la défense allemande en Lorraine, fut l’objet de nombreuses attaques qui étaient demeurées vaines. Le général Patton dut avoir recours à une manœuvre d’envergure qui impliquait des préparatifs. Sa mission n’était pas seulement d’obtenir la reddition de la place forte mosellane, mais de tenir sa partie dans l’affaire générale, engagée dans le but d’expulser l’ennemi du sol de France et de le jeter au Rhin. C’est pourquoi cette manœuvre fut effectuée également dans le courant de novembre, en relation directe de temps avec les opérations de la 7e Armée américaine d’une part, et de la 1ère Armée française d’autre part. Cette manœuvre qui consistait à déborder largement la place forte de Metz, à la fois par le Nord et par le Sud, débuta le 8 Novembre par une attaque au Sud sur le front Rumilly-Morhange ; cette action fut suivie à partir du 15 par une deuxième attaque de l’aile gauche vers la ligne Bouzonville-Metz. Les deux attaques se rejoignaient finalement le 19 novembre à Vallières, aux abords immédiats de la ville qui était dès lors encerclée. Le nettoyage des forts se poursuivit jusqu’en décembre, alors que la ville elle-même tombait le 22 novembre à 14h30.

Ainsi les trois puissants bastions qui, au cours des siècles, ont constitué les principales pièces de défense de notre territoire et dont l’ennemi avait tourné les organisations face aux armées alliées, Metz, Belfort, Strasbourg, étaient enlevés. Ces résultats que personne n’eût espérés si rapides, furent accueillis chez les nations alliées avec une surprise joyeuse qui laissait entrevoir le déclin de la résistance acharnée de la Wehrmacht.
En réalité, ces magnifiques résultats étaient le prix d’efforts considérables soutenus dans des conditions extrêmement pénibles et dont le rythme ne pouvait se prolonger au cœur de l’hiver. Bien que les avantages stratégiques de l’ennemi eussent été amoindris par ces victoires, le commandement allemand s’était ressaisi et menait pied à pied les combats. L’armée allemande était encore loin d’être battue et le général von Rundstedt, comme s’il eût fallu en convaincre les Alliés, lançait dans les Ardennes, à partir du 16 décembre, une offensive d’envergure qui, dès ses premiers résultats, jetait le trouble sur les arrières de la 9e Armée américaine.
Cette offensive consistait en une puissante attaque menée par quinze divisions dont huit blindées, à partir du front Echternach-Montjoie, en direction de la Meuse. De rapides progrès furent enregistrés dès les premiers jours et le commandement américain dut engager, pour colmater la brèche, puis pour contre-attaquer et finalement pour résorber la poche allemande qui avait atteint 80 kilomètres de profondeur, la plus grande partie de ses réserves stratégiques. Par cette manœuvre inattendue, le commandement allemand avait pu écarter momentanément du front sud du Rhin les menaces que faisaient peser les brillants avantages obtenus par les armées alliées au cours du mois de novembre.

CHAPITRE VI

LA POCHE DE COLMAR. – La stabilisation temporaire. La menace sur Strasbourg. Situation de l’Armée Française. L’Armée Allemande. Le terrain. Le plan du général de Lattre.

La bataille de novembre s’était terminée, nous l’avons vu, par de brillants succès ; la prise de Belfort, de Mulhouse, le Rhin atteint d’Huningue à Kembs.
Mais l’ennemi avait réussi à rassembler ses éléments en déroute. Grâce aux troupes fraîches qu’il avait pu amener de l’intérieur du Reich, il parvint, à partir du 28 novembre, à se cramponner au terrain. Son front s’appuyait au col de la Schlucht, à Sélestat, au Honeck, et à la banlieue nord de Mulhouse. La 1ère Armée française avait dû ralentir, puis stopper, son élan. Elle ne pouvait, en raison des difficultés d’ordre matériel et de la fatigue des troupes engagées sans répit depuis des mois dans de très durs combats, mener sans désemparer une nouvelle bataille de rupture. Le front affectait la forme d’une poche, « la poche de Colmar », que l’ennemi semblait vouloir conserver à tout prix. Outre qu’elle constituait une menace permanente dans le flanc sud des armées alliées, le commandement allemand semblait attacher à la conserver autant de raisons d’ordre politique que de raisons militaires. L’Alsace devait rester une terre allemande. La poche de Colmar devait permettre de préparer des offensives destinées à récupérer le territoire et à effacer le résultat des défaites des mois précédents. Himmler en personne s’installait en Alsace et dirigeait les préparatifs d’attaque. En décembre et en janvier, l’ennemi renforçait son dispositif de façon continue et prenait progressivement une attitude offensive. Pendant ce temps la 1ère Armée française maintenait sa pression, menant des opérations locales dures et souvent coûteuses.
Du 7 au 10 décembre, des éléments du 1er C.A. descendant de la région de la Mazevaux, mènent une série d’actions qui aboutissent à la prise de Thann le 9 décembre et au nettoyage complet de la vallée de la Thur. Le 7 décembre, la 2e D.I.M. déclenche une attaque à objectif limité sur la vallée de Thann-Bischwiller. Enfin, le 11 décembre, l’adversaire marque nettement sa volonté de défendre la poche de Colmar en lançant de furieuses contre-attaques, d’une part dans la région de Sélestat sur la 36e D.I. US, qui s’est emparée de la ville le 5 décembre, d’autre part, dans la vallée de la Thur, vers Thann. Ces contre-attaques se poursuivent pendant plusieurs jours au bout desquels nous conservons fermement nos positions. Le 22 décembre, le 2e C.A. déclenche à son tour, un e série d’opérations qui ont pour résultat de déblayer complètement la vallée de Kaysersberg et de laisser Orbey entre nos mains.
Colmar était menacé de trois côtés : par le corps Béthouart, venant de Mulhouse ; par le corps Montsabert, venant de Thann ; par Leclerc et les Américains venant de Strasbourg et de Schirmeck. Mais c’est en vain que ces actions convergentes avaient tenté d’opérer leur jonction. Tandis que l’adversaire s’obstinait à résister, allant jusqu’à engager les élèves des Ecoles de Cadets et de sous-officiers, ainsi que ses unités d’assaut, un autre grave problème se posait à l’armée française.

Au début de décembre, le général Devers, commandant le 6e groupe d’armées américain, confiait au général de Lattre l’ensemble du secteur e la poche de Colmar. La division Leclerc était placée sous son commandement, ainsi qu’une division américaine, la 36e D.I. US., qui occupait le secteur Schirmeck-Sélestat. La gauche de l’armée française s’étendait alors jusqu’à environ 20 kilomètres au sud de Strasbourg.
Or en même temps que le front de la 1ère armée s’étirait démesurément, une menace grave pesait sur Strasbourg. Du 1er au 6 janvier, les Allemands déclenchaient une attaque dans la région de Bitche, attaque qui paraissait relativement puissante et qui faisait céder le front du Vie C. A. US. Ils parvenaient à franchir le Rhin à Ollendorf-Gambsheim et à y développer une tête de pont extrêmement menaçante, à la fois pour l’aile droite du Vie C.A. US. Et pour la conservation de Strasbourg. Les attaques prenaient chaque jour une ampleur inquiétante en même temps qu’elles étaient complétées au Sud par des actions de patrouilles très actives. En outre, les contre-attaques ennemies sur Erstein étaient aggravées par le retrait de la 2e D.B., récupérée par le Vie corps américain pour être employée dans le secteur de Bitche. Tout cela constituait une menace d’autant plus grave que les Américains envisageaient de se replier sur les Vosges, ce qui correspondait à l’abandon de la capitale alsacienne. Il fallut l’intervention personnelle du général de Gaulle pur faire écarter cette éventualité et, le 5 janvier, après accord du commandement américain, la 1re Armée, elle obligeait celui-ci à prélever sur son dispositif plus d’une division : la 3e D.I.A. et la brigade Alsace-Lorraine, pour la défense de la ville et de ses avancées vers le Nord et vers le Sud. Le front de la 1re D.M.I. devait être étendu en conséquence. Après le retrait de la 2e D.B. et malgré la présence d’une deuxième division américaine, la 28e D.I., le front s’étendait sur 240 kilomètres.

Du 5 au 12 janvier, la pression ennemie s’accentue au sud de Strasbourg. Nous cédons quelque peu de terrain. Mais devant notre résistance opiniâtre, les attaques allemandes perdent peu à peu de leur vigueur. La menace sur Strasbourg s’atténue.

Mais il faut en finir et pour cela, pour sauver Strasbourg et l’Alsace, il faut liquider complètement la poche de Colmar. Telle et l’idée du général de Lattre et dès le 15 janvier, il adresse aux généraux commandant les 1res et 2e C.A. son instruction personnelle et secrète n° 7 sur les conditions d’une offensive tendant à réduire définitivement le saillant allemand.

Un facteur favorable à cette décision était intervenu entre temps. Une puissante offensive russe avait été déclenchée le 13 janvier. Le développement extrêmement rapide des premières opérations pouvait laisser supposer que des prélèvements seraient effectués sur les divisions allemandes d’Alsace ou, tout au moins que l’ennemi ne pourrait plus distraire aucune unité de ses réserves générales.

Or, la ère Armée avait elle-même à résoudre un problème d’effectifs. Plus exactement, c’était un problème de répartition de forces en vue des efforts à fournir aux points choisis. Or l’offensive commencée le 14 novembre s’était arrêtée en grande partie, faute de forces suffisantes. Le général de Lattre n’avait pu obtenir du commandement allié les quelques divisions d’infanterie qui étaient nécessaires. Maintenant il disposait bien de deux divisions américaines, mais son secteur était considérablement agrandi alors que la 1ère Armée française restait sensiblement la même. Il allait donc falloir suppléer à cette insuffisance par des dispositions judicieuses tendant à concentrer les moyens sur les points du front où il fallait attaquer et à laisser des secteurs temporairement « passifs ».

Des divisions américaines, la 3e D.I. pouvait être considérée comme relativement fraîche, bien qu’elle eût participé à la bataille de Saverne-Mulhouse ; des relèves y avaient été effectuées. Mais la 28e D.I. US avait été très éprouvée au cours de la bataille des Ardennes. D’ailleurs elle ne fut mise à la disposition du général commandant la 1ère Armée que le 18 janvier pour tenir un secteur de montagne tranquille. Sur les instances du général de Lattre, fortement appuyé par le général Devers, celui-ci avait obtenu du commandement suprême américain une division supplémentaire, la 12e division blindée ; mais elle ne fut mise à la disposition de la 1ère Armée que le 23 janvier pour être employée initialement au nord de Strasbourg, où elle avait déjà sa place dans el dispositif de couverture.

La 1ère Armée française a conservé son caractère antérieur, mais de nombreux éléments de la métropole sont venus s’y ajouter, soit pour combler les vides créés par les pertes de novembre, ou par le rapatriements en A.F.N. des indigènes des vieilles classes, soit pour y constituer des renforts neufs par bataillons ou groupements constitués. Ces derniers représentent un recrutement particulièrement sélectionné, puisque les jeunes gens s’y sont enrôlés sou le signe du « double volontariat » : engagés dans les F.F.I. d’abord, engagés volontaires dans l’armée régulière ensuite. Ce sont : le groupement Pommiès, le régiment du Morvan, le groupe d’escadrons de la Ferté, la brigade Alsace-Lorraine, enfin la 4e demi-brigade de chasseurs, formée des 1er, 5e et 2e bataillons de chasseurs à pied.
Une nouvelle division d’infanterie française, la 10e D.I., du général Billotte, a également été mise à la disposition du général commandant la 1ère Armée. Elle était constituée des 5e, 24e et 46e R.I. Mais elle était de formation récente et n’avait été que partiellement et en toute hâte équipée. La mise sur pied de son artillerie n’est pas achevée. Elle est composée d’éléments F.F.I., pour la plupart en provenance de la région parisienne et ayant participé, de ce fait, à la libération de la capitale ; à ces éléments s’ajoutent des contingents d’appelés et d’engagés volontaires. A vrai dire armée et équipée de façon précaire, elle ne fut engagée que parce que son chef en avait sollicité l’honneur et que les nécessités l’imposaient. A ce titre, elle reçut une mission particulière dont elle s’acquitta au mieux. La division fut introduite dans le dispositif du 1er C.A. et y constitua, à partir du 16 janvier, un secteur nouveau ; le secteur des Vosges centrales, sous le commandement du général Billotte, entre le col de la Schlucht et Bitchwiller, dans la vallée du Thann.
A la veille de l’offensive, le dispositif français comportait aux ailes deux masses de manœuvres, les 1er et 2e corps d’armée, séparés par le secteur des Vosges centrales qui dépendait directement d général commandant la 1ère Armée.
Au Sud, le 1er corps voyait ses limites antérieures réduites à l’Ouest jusqu’à Masevaux, inclus et la région de Bitchwiller. Il disposait de ses moyens organiques, 9e D.I.C. et 2e D.I.M., et de la 1ère D.B. De plus, al 4e D.M., en repos dans la région de Luxeuil, et la demi-brigade de chasseurs étaient mise à sa disposition.
La 28e D.I. US. Lui était également rattachée, mais elle tenait un secteur passif au nord du secteur des Vosges centrales, entre ce dernier et le 2e C.A. La 12e D.B. US, devait aussi être mise ultérieurement à la disposition du général commandant le 2e C.A.

L’armée allemande, elle, avait été considérablement renforcée dans la poche de Colmar à partir du début de décembre. Vers le 15 janvier, le dispositif ennemi comprenait du Nord au Sud, des éléments de 198e I.D., du Rhin à Sélestat ; 708e I.D., de Sélestat à Ribeauvillé ; 189e I.D., à la hauteur de Kaysersberg ; 16e I.D., dans la région de Munster ; 338e I.D., de Munster au ballon de Guebwiller ; 159e I.D., de Guebwiller à Mulhouse, une brigade (Hafnen) de Mulhouse au Rhin. Elle disposait en outre, à titre de réserve, de la 2e Geb-Div, dans la région de Mulhouse, sur la rive droite du Rhin ; de la 269e I.D., retirée du front, et de la 116e Feldh. L’ennemi avait donc en face de la 1ère Armée française les éléments de neuf divisions d’infanterie, mais certaines de ces unités étaient en cours de réorganisation, et de recomplètement. Toutes les unités d’infanterie sont appuyées par des chars « Jagd-panthers » et « Tigerpanthers » et des antichars automatiques mieux adaptés au terrain gras que nos véhicules chenilles.

Mais l’ennemi s’est solidement installé sur un terrain difficile dont il tient les positions dominantes, dont la valeur défensive a été renforcée par des blockaus et es défenses accessoires. Il Il a organisé plusieurs lignes de défense échelonnées en profondeur, ce qui lui permet de subir le choc d’une attaque sans craindre de perdre beaucoup de terrain.

Le terrain lui-même servait le jeu de l’adversaire. Les conditions dans lesquelles il avait pu s’y « accrocher » au début de décembre prouvent assez qu’il lui était favorable. Au centre, ses positions s’appuyaient sur le massif des Vosges qui, en hiver, est absolument défavorable à toute opération importante. Au Sud, les positions s’appuyaient sur la forêt de la Harth, énorme obstacle barrant la plaine d’Alsace et où d’incessants combats avaient eu lieu au cours de décembre, et sur la forêt de Nonnenbruch, dont l’ennemi avait augmenté la valeur défensive en y disposant des quantités considérables de mines et en aménageant en points d’appui les nombreuses cités ouvrières qui s’y trouvent. Il avait aménagé dans les mêmes conditions les villages qui s’échelonnent le long des deux étroites coulées qui permettent de pénétrer entre les deux principaux obstacles et les Vosges. En particulier le village de Cernay avait été aménagé en centre de résistance puissamment organisé. Au Nord, la résistance ennemie s’accrochait aux nombreux villages, aux cours d’eau ou aux canaux parallèles au Rhin et dont les difficultés de franchissement étaient augmentées par les immenses étendues de terrain marécageux qui les séparent.

Il disposait, pour la manœuvre de ses réserves, du système routier alsacien, très dense, bien aménagé et dont les bombardements alliés n’avaient guère diminué le rendement : deux ponts routiers existaient encore sur le Rhin, ceux de Neuf-Brisach et de Chalampé, ainsi que de nombreux ponts de bateaux. Dans ces conditions, une attaque n’était possible que par temps de gel avec tout ce que les opérations menées par grand froid comportent d’inconvénients et d’aléas : circulation difficile, fragilité du matériel automobile, souffrance plus pénible des hommes, fonctionnement des arrières ralenti. En outre, l’éventualité du dégel en cours d’opérations eût été catastrophique en raison de la réapparition des marécages et des cours d’eau.

Pour ces raisons, une bataille de rupture suivie d’une exploitation rapide comme celle de novembre était très aléatoire. Aussi le général de Lattre eut-il recours à la manœuvre. Des actions méthodiques et puissantes préparées dans le plus grand secret et déclenchées par surprise devaient tromper le jeu des réserves de l’ennemi e amener la décision.

Le général de Lattre avait décidé de déclencher son attaque à partir du 20 janvier. Il s’agissait, en effet, non seulement de réduire la poche de Colmar pour border le Rhin suivant la mission qui lui avait été assignée, mais aussi de sauver Strasbourg.

Bien que le commandement américain n’ait pu consacrer plus de divisions aux opérations du général de Lattre en raison de la situation critique des Ardennes et de la menace qui pesait sur la 7e armée en Sarre, malgré un temps défavorable qui ne laissait pas prévoir la possibilité de faire intervenir les forces aériennes, le général de Lattre maintint la date prévue de l’offensive.
L’instruction personnelle et secrète n° 7 du 15 janvier, en en expliquant les raisons, marque la décision du général commandant la 1èe Armée française :

1° « La situation difficile dans laquelle se trouvent les forces de von Rundstedt, engagées dans le saillant des Ardennes, l’échec des attaques allemandes en Lorraine, le déclenchement de l’offensive russe d’hiver sont autant de facteurs favorables à la reprise de l’initiative des opérations sur le front occidental. »
« Dans le secteur de la 1ère Armée française, la reprise de l’offensive constitue, en outre, la meilleure parade à la menace allemande sur Strasbourg. »

2° « Le général commandant l’armée décide, en conséquence, de déclencher sans délai et par surprise avec tous les moyens dont il dispose actuellement, de puissantes actions offensives convergeant en direction de Brisach et visant à réduire totalement la tête de pont d’Alsace. »

Le plan du général de Lattre présentait, pour les raisons que nous avons vues, un caractère où la manœuvre et la finesse devaient mettre en défaut les parades de l’adversaire. Les deux attaques convergentes devaient partir respectivement du flanc sud et du flanc nord de la poche. Au point de convergence choisi, la ville de Neuf-Brisach, se trouvaient les moyens de franchissement du Rhin les plus importants permettant à l’adversaire, soit d’amener des troupes fraîches, soit de se replier sur la rive droite.
Ces deux actions devaient être décalées de 48 heures, l’attaque sud étant déclenchée en premier lieu, de manière à inciter l’ennemi à déplacer ses réserves vers le point menacé : la deuxième attaque bénéficiant alors d’une surprise complète contre un ennemi moins puissant devait réaliser la rupture de son dispositif. Les deux attaques étaient montées l’une et l’autre de manière à bénéficier d’une surprise totale. C’était une des conditions essentielles de leur succès.
L’action du Sud est menée par le Premier Corps d’Armée du général Béthouart. Il a pour mission d’attaquer entre les Vosges et Mulhouse ; sa gauche devra s’emparer de Cernay ; sa droite d’Ensisheim et des ponts de l’Ill. Ultérieurement, il exploitera en direction de Brisach en débordant la forêt de la Harth par le Nord et en s’efforçant de mettre au plus vite la main sur Chalampé, deuxième passage du Rhin de grande importance pour le commandement allemand. Au cours de son action, il tentera constamment de réaliser sa jonction avec les forces du 2e corps pour encercler les troupes allemandes combattant dans les Vosges.

Le 2e Corps d’Armée du général de Monsabert attaquera trois jours plus tard entre Colmar et la forêt de l’Illwald avec, comme premiers objectifs, les canaux de Colmar et du Rhône au Rhin. Sa mission est de « rompre le dispositif ennemi de part et d’autre de la forêt de Colmar, tout en se ouvrant au Sud face à Colmar, dans la région de Houssen. ». Il doit ultérieurement, comme le Premier Corps, exploiter « sans désemparer » en direction de Brisach.
Par l’instruction personnelle et secrète n° 8, en date du 18 janvier, le général Billotte, commandant le secteur des Vosges centrales reçoit l’ordre de participer à la manœuvre d’ensemble « en fixant sur leur front les forces ennemies qui s’y trouvent actuellement, en vue d’éviter leur décrochage prématuré et la menace éventuelle qu’elles pourraient faire peser sur le flanc des actions du 1er et du 2e C.A. ; lorsque les actions principales en plaine d’Alsace auront fait sentir leur effet, d’entreprendre sur ordre de l’Armée le nettoyage de la partie des Vosges qui constitue leur secteur ».
Enfin, la participation des forces aériennes du 6e Groupe d’Armées (dont le 1er Corps aérien français) est assurée par la destruction des passages du Rhin et des dépôts ennemis situés sur ses arrières ainsi que par l’accompagnement au plus près de l’effort de rupture des deux corps d’armée sur leur front d’attaque.
En résumé, il s’agit pour les deux corps français, de réaliser une bataille de rupture dont les résultats tendent à déséquilibrer les forces de l’adversaire, puis de mener une exploitation rapide tendant à l’encerclement de ces forces, puis à leur destruction sur la rive gauche du Rhin.
Mais malgré son schéma rigide en apparence, la manœuvre était à la fois très souple, car plusieurs éventualités étaient prévues, et extrêmement énergique car les moyens mis à la disposition des commandants de corps doivent être concentrés sur des fronts très étroits et organisés, de telle sorte qu’ils assurent « sur les directions d’attaque, le renouvellement ininterrompu des efforts en profondeur ».

CHAPITRE VII

L’OFFENSIVE DU 1er C.A.

L’offensive est déclenchée le 20 janvier, à partir de 7h 30. Le 1er Corps français attaque vigoureusement en Haute-Alsace de Bischwiller à la forêt de la Harth. En dépit de la tempête de neige qui fait rage, la progression est initialement rapide à travers les résistances ennemies qui sont débordées ou réduites.
Débouchant à 7h 55 au nord de Thann, la 4e D.M.M. s’empare dans la matinée des hauteurs qui commandent la région ouest de Cernay et en particulier de l’Herrenstubenkopf, puis au cours de l’après-midi se rabat vers l’Est en direction générale de Steinbach-Cernay. Dans la plaine, des unités entrent dans le Vieux-Thann où elles doivent livrer de très durs combats.
La 2e D.I.M. part à l’attaque à 7h 45, et enlève, dans la matinée, l’Asile d’aliénés, à 2 kilomètres au sud-ouest de Cernay, que les Allemands avaient transformé en blockhaus, puis la ferme Zutzelhof et la corne su du bois de Nonnenbrück.
Débouchant des lisières nord de Mulhouse, la 9e D.I.C. s’empare, à la suite de violents combats de rues et malgré de vigoureuses contre-attaques ennemies, de toute la banlieue industrielle du nord de Mulhouse. En fin de journée les grosses localités de Lutterbach, Pfastatt, Bourtzwiller, Illzach et Kingersheim sont conquises et le village de Richwiller atteint.
En résumé, le 1er Corps avait réalisé en fin de journée, une progression de 5 à 6 kilomètres à l’est de Cernay, dégagé largement Mulhouse au nord et conquis deux très importantes hauteurs dans les Vosges au nord de Thann. Plus de 500 prisonniers et un important matériel étaient tombés entre nos mains. Cette première journée était donc satisfaisante quoi qu’il en eût coûté d’endurance et de fatigue aux troupes, de difficultés de tous ordres à l’utilisation du matériel, en raison de la neige et du grand froid.
La surprise de l’ennemi avait été complète.
Mais dès le lendemain 21 janvier, il commença à réagir violemment en engageant ses réserves locales tandis que les conditions atmosphériques entravaient l’élan de nos troupes.
La 4e D.M.M., en dépit de contre-attaques vigoureuses sur son flanc gauche tenait toujours l’Herrenstrubenkopf. La 2e D.I.M. ne progressait que très lentement par ses deux ailes, mais devait refluer au centre, sur la route Thann-Mulhouse, devant une violente contre-attaque appuyée de nombreux chars et automoteurs, déclenchée entre la Croisière et la Cité J. Eise. La 9e D.I.C. subissait également deux vigoureuses contre-attaques sur Kingersheim et Illzach, mais parvenait à les repousser. Au nord-ouest de Mulhouse, elle réussissait à occuper la partie est de la localité de Richwiller.

La journée était donc peu fructueuse. D’insurmontables difficultés se présentaient. La couche de neige qui atteignait 2 mètres dans les Vosges interdisait même l’emploi des mulets et obligeait tous les ravitaillements et les évacuations à se faire à dos d’homme. Notre artillerie et nos chars éprouvaient les plus grandes difficultés à intervenir au moment opportun, alors que les blindés ennemis, dotés de chenilles plus larges parvenaient à se mouvoir dans la neige d’une manière satisfaisante. D’autre part, des renforts apparaissaient déjà dans les lignes allemandes ; on identifia au nord de Mulhouse un bataillon de la 2e Division alpine, venant de Norvège.

L’infanterie s’usait terriblement à combattre sans répit dans des conditions aussi dures. C’est alors que le général de Lattre dut adresser au général Devers un télégramme lui demandant d’intervenir avec insistance auprès du Commandement allié pour obtenir la division d’infanterie supplémentaire qu’il avait déjà si souvent réclamée.

La journée du 22 n’apportait pas de notables progrès, si ce n’est quelques gains de terrain dans la région de Mulhouse. Malgré que les conditions atmosphériques se fussent légèrement améliorées et eussent permis quelques sorties d’avions, la situation devenait critique quant au résultat final de l’offensive.
L’ennemi augmentait la violence de ses contre-attaques sur le front du 1er C.A., grâce à l’arrivée de nouvelles réserves appuyées par un matériel blindé des plus puissants, qui, nous l’avons vu, avait, par temps de neige, l’avantage sur le nôtre. Les contre-attaques se généralisaient sur l’ensemble du front de la 1ère Armée. En particulier, la 3e D.I.A., avait subi une très violente réaction allemande dans le secteur de Strasbourg, dans la nuit du 21 au 22. Elle avait dû subir, devant le village de Kilstett, de très violentes attaques menées par plus de deux bataillons ennemis et qui ne furent définitivement brisées que dans la journée du 22. D’autre part, la 7e Armée U.S. contenant difficilement la pression allemande, accentuait depuis plusieurs jours son repli dans le secteur d’Haguenau, rendant la situation inquiétante pour l’aile gauche de la 1ère Armée française et laissant peser une nouvelle menace sur Strasbourg. Le 21 janvier, le VIe C.A. U.S. s’était replié sur une ligne partant de 2 kilomètres environ au sud de Bitche et passant par Rothbach, Nieder Modern, Haguenau, Bischwiller, Weyersheim. C’est pourquoi le général de Lattre dut renouveler sa demande de renfort au général Devers. La situation dans les Ardennes s’étant améliorée, il était permis d’espérer que le commandement allié pût disposer des effectifs nécessaires. Le général Devers mettait immédiatement sous les ordres du général de Lattre une division blindée, la 12e D.B. U.S., pour être employée à la défense de Strasbourg. Il lui donnait en outre l’assurance qu’il interviendrait de toute son autorité auprès du commandement suprême, en vue d’obtenir des moyens d’infanterie supplémentaires.
Les trois jours d’offensive n’avaient pas permis au 1er C.A. d’obtenir la rupture complète ; mais le caractère méthodique, dans lequel les opérations étaient conduites, laissait supposer qu’elle était imminente. D’autre part, l’ennemi devait avoir engagé dans la bataille une grande partie de ses réserves. S le fait en était confirmé, c’était là un des principaux résultats attendus par le groupe français.


L’OFFENSIVE DU 2e C.A.
ET L’ACTION COORDONNEE DU 1er C.A.

En effet, l’attaque du 2e Corps, déclenchée le 22 janvier, à partir de 21h30, entre Sélestat et la région de Sigolsheim, bénéficia de la surprise la plus complète. L’attaque débuta par une brillante opération de nuit de la 3e D.I. US, dont le résultat fut le nettoyage complet de la forêt communale de Colmar et la prise d’Ostheim. Dans la matinée du 23, franchissant l’Ill par surprise, cette unité atteignait Riedwihr et les hauteurs au Nord, réalisant ainsi une progression de 7 kilomètres. Plus au Sud, elle parvenait aux abords immédiats de Houssen.

La 1re D.M.I. attaquait le 23, à 7h30, entre Guémar et les bois de l’llwald, enlevant de haute lutte et dépassant largement la localité d’Illhausern, important point de passage sur l’Ill. Plus au Nord, progressant dans un terrain très difficile, coupé par de nombreux canaux et infesté de mines, elle franchissait l’Ill de nouveau et atteignait le Neugraben au sud de d’Illwald.

Cependant, comme le 20 janvier, lors de l’attaque du 1er Corps, les conditions atmosphériques ajoutent leurs difficultés à celles que l’ennemi a accumulées pour s’opposer à l’avance de nos troupes.
Au cours des journées suivantes, l’offensive se poursuit d’une manière méthodique, avec l’opiniâtreté que nécessite la résistance acharnée de l’ennemi et les conditions atmosphériques qui demeurent très défavorables.
Le 2e Corps, après avoir renforcé ses têtes de pont, débouche de l’Ill de part et d’autre d’Illhausern. Mais des chars ennemis « Jagdpanther » et des automoteurs « Rhinoceros » ralentissent la progression de nos blindés.
En même temps, le 1er Corps poursuivait son offensive, mais désormais, par une suite d’actons méthodiques tendant à réduire une à une les positions ennemies : bois, villages, puits de mines, cités ouvrières de la région des potasses, etc…
Au cours de la journée du 23,, la 9e D.I.C. renforcée d’éléments de la 1re D.B. pénétrait dans la région minière de Nonnenbrück et atteignait, après de violents combats, les grosses cités ouvrières de Mayershof, Anna et Kullmann.
Sur tout le front de la 1ère Armée, les combats revêtent un caractère d’acharnement. L’ennemi réagit très violemment avec ses chars et son artillerie, et engage sans cesse des réserves.
Pendant ce temps, sur le front de la 7e Armée U.S., l’ennemi avait réussi à franchir la Moder en trois points, de part et d’autre d’Haguenau et à Uberach. La bataille paraît indécise.
L’ennemi, qui a décelé le point faible de notre dispositif sur le flanc gauche de l’Armée, contre-attaque sans cesse avec plus de violence autour de Gebsheim, point névralgique de la manœuvre, tenu par la 3e D.I. US et où le 1er Régiment de parachutistes français se distingue. Le village est repris plusieurs fois jusqu’à sa conquête définitive par la 5e D.B. et les unités d’infanterie américaines.

C’est alors que la personnalité du général de Lattre s’affirme. Il a senti qu’à l’issu de ce jour de crise, la balance devait pencher en faveur du plus tenace et il ne cesse d’intervenir auprès de chacun, afin que la cadence des actions entreprises ne se ralentisse pas ; d’ailleurs, le plan d’ensemble de ses actions a été minutieusement réglé. Elles doivent être énergiquement coordonnées, de manière à maintenir l’unité de la bataille. Le 26, la 1ere D.M.I. et un « Combat Command » de la 2e D.B. (1) exécutent sur Grussenheim, une brillante attaque qui, après avoir rejeté et détruit les chars ennemis, écartent la menace qui pesait depuis plusieurs jours sur notre flanc gauche.
La journée du 27 laisse entrevoir le dénouement de la lutte. En progressant méthodiquement et irrésistiblement, les Forces de la 1ère Armée française remportent, au cours de la journée de très importants succès sur les deux flancs d’attaque. Au Nord, le canal de Colmar qu constitue le premier objectif, est atteint sur toute sa longueur. La 3e D.I. US, la 5e D.B. atteignent les faubourgs nord de Colmar et parviennent à la jonction du canal de Colmar et du Rhône au Rhin. La 1ère D.M.I. atteint la lisière ouest de Grussenheim.
Au Sud, sur le front du 1er Corps, la 4e D.M.M. s’emparant du faubourg à la lisière sud de Cernay, parvient à border l’Ill jusqu’à la sortie sud de Cernay, tandis que les 2e D.I.M. et 9e D.I.C. conquièrent malgré une résistance acharnée, les cités ouvrières de Langenzug et de Kulmann. C’est au cours des combats livrés dans ce secteur particulièrement difficile en raison du grand nombre d’organisations qui s’y trouvent que les unités françaises ont prouvé leur valeur. Pour réduire un à un tous les réduits où l’ennemi s’accrochait : crassiers, puits de mines, cités ouvrières, etc… il fallait montrer non seulement des qualités manœuvrières exceptionnelles, mais encore une énergie et une ténacité d’autant plus méritoires que tous étaient à bout de fatigue.
Au cours des journées suivantes, la 1ère Armée maintient sa vigoureuse pression sur les deux fronts d’attaque. Au Sud, le 1er Corps poursuit l’investissement de Cernay, tandis qu’au Nord, le passage du canal de Colmar est forcé, et une importante tête de pont est établie sur sa rive sud. Arrivée à son paroxysme, la bataille atteint une violence extrême qui n’exclut à aucun moment une parfaite coordination entre les deux actions au sud et au nord de la poche.
Cependant, le Commandement Suprême allié s’est rendu compte de l’importance décisive de la bataille. Devant la résistance acharnée de l’ennemi, mais aussi devant la manière énergique avec laquelle étaient menées les opérations et la certitude affirmée par le général de Lattre du succès final, le Commandement Suprême allié accordait à la 1re Armée française, les moyens supplémentaires demandés. Le 21e Corps d’armée US, commandé par le général Milburn, prenant sous son commandement les 3e, 28e et 75e D.I. US, ainsi que la 5e D.B. française, s’inséraient à partir du 29 janvier, 20 heures, ente le 2e C.A. et la 10e D.I. Son front était compris ente la ligne Ostheim et Artzenheim d’une part, et la ligne le Valtin-Münster d’autre part. Il avait pour mission de prendre à son compte les attaques prévues en direction de Brisach et de Colmar-Rouffach.

(1) Malgré le retrait de la 2e D.B., cette division a participé à l’appui de nos opérations par des détachements « Combat Command »

LA RUPTURE

Dès lors, les efforts et les sacrifices de dix jours de bataille vont conduire rapidement l’offensive française vers son dénouement victorieux. Le 3 janvier, la 1re Armée française commençait à recueillir les fruits de la double offensive qu’elle menait depuis 10 jours en Alsace.

Toute menace sur Strasbourg disparaît à la suite des importants succès remportés par notre aile gauche sur un ennemi affaibli, obligé de reporter ses réserves plus au Sud. Sur le front du 2e Corps, la 3e D.I.A. occupe Obenheim, Boofsheim et Rossfeld. Plus au sud les Thabors marocains poussent des éléments à proximité immédiate de Hilsenheim, et de Mutterholtz. Des ponts sont construits sur l’Ill à Benfeld. La 1re D.M.I. occcupe Heidolsheim, Elsenheim et Ohnenheim.

Sur le front du 21e C.A. US., la 3e D.I. US. et la 5e D.B. française attaquent vigoureusement au sud du canal de Colmar, enlevant de haute lutte Horburg, Andolsheim, le bois de Nieferwald, Widensolen, Urschenheim et Durrenentzen pendant que le 28e D.I. US. atteint le champ de manœuvre de Colmar, à 1 kilomètre de la ville.

Sur le front du 1er Corps, la bataille continue toujours aussi sauvage. Nos forces resserrent leur étreinte autour de Wittelsheim et de Cernay, causant de très fortes pertes à l’ennemi qui semble s’épuiser en vaines contre-attaques.
La rupture est définitivement réalisée, Brisach, à 5 kilomètres de nos éléments avancés, était à la portée de main du 21e Corps. Le 1er Corps maintenait sa vigoureuse pression, en direction de Ensisheim. Au cours des trois dernières journées, plus de 2.500 prisonniers avaient été dénombrés ; un très important matériel était tombé entre nos mains.
Puis les événements se précipitent. Le 1er février, amplifiant les actions offensives de son aile gauche, la 1re Armée française atteignait le Rhin et bordait la rive gauche du fleuve d’une manière continue, de Gambsheim, au nord de Strasbourg, jusqu’à Artzenheim. Sur le front d’attaque du 2e C.A. et de la 5e D.B., nos troupes franchissaient la zone à l’est de Widensolen, le canal du Rhône au Rhin et parvenaient aux abords immédiats de Neufbrisach. Plus à l’Ouest, les lisières nord et est de Colmar étaient atteintes. Dans la région nord de Mulhouse, le 1er Corps maintenait sa pression contre un adversaire appuyé par de violents tirs d’artillerie et dont la résistance ne semblait pas fléchir.
La journée du 2 est marquée par la libération de la ville de Colmar, dans laquelle le général Milburn avait tenu à ce que les Français, les cars de la 5e D.B., ayant à leur tête le général Schloesser, fissent leur entrée les premiers, se chargeant ultérieurement, après que ces derniers eussent continué à foncer vers l’Ouest et vers le Sud, du nettoyage de la ville. Le geste d’extrême courtoisie souligne le caractère de la coopération franco-américaine dans la bataille, caractère qui s’est maintenu jusqu’à ce que l’objectif final eut été atteint.
La libération de Colmar ne représente pas seulement pour les troupes françaises un objectif militaire conquis après de durs combats. C’est pour elles la réalisation de l’œuvre de libération de l’Alsace, entreprise depuis le mois de novembre 1944. L’accueil enthousiaste qu’ils reçurent des Alsaciens en pénétrant dans la ville fut leur plus grande récompense.

La chute de Colmar précipite l’effondrement de la résistance allemande. A partir du 3 février, la distance qui sépare nos forces qui progressent au sud et au sud-est de Colmar de celles qui attaquent au nord de Mulhouse, se réduit d’heure en heure. De 16 kilomètres le 3 février, elle tombe à 6 kilomètres au cours de la journée du 4, et la jonction est réalisée à Rouffach au pied des Vosges, le 5 février, malgré que sous la menace de cette étreinte, l’ennemi ait réagi furieusement, mais sans parvenir à la briser. Les forces diverses qui se trouvent encore dans els Vosges ou à l’ouest de l’Ill sont condamnées à l’anéantissement.
Plus à l’Est, la bataille pour Brisach fait rage. Nos troupes sont à 1.500 mètres de la localité au Nord. A l’Ouest, elles réalisent une sérieuse avance entre l’Ill et le canal du Rhône au Rhin. Dans la région nord de Mulhouse, la résistance fanatique de l’ennemi est enfin brisée ; une progression de 2 kilomètres est réalisée malgré la furieuse réaction de l’adversaire. Au cours e la journée, l’aviation française et alliée a pu enfin appuyer d’une manière efficace l’action de os troupes, au cours de plus de 400 sorties.
Au nord de la poche, les défenses de Brisach tombent les unes après les autres. Le 21e Corps américain déborde la place par l’Ouest, puis parvient dans la journée du 5 à la couper du Rhin. Le 1er Corps, à la suite d’une action générale très vigoureuse, est parvenu à border complètement la Thur et l’Ill, mais les ponts qui étaient détruits, le dégel et le mauvais temps provoquant de nouvelles inondations et portant la largeur des cours d’eau à 60 mètres, créaient de grosses difficultés de franchissement. Tout fut mis en œuvre cependant pour vaincre ces difficultés.
Depuis le 1er février, menacé par l’avance sur le canal de Colmar, l’ennemi avait décroché et s’était replié face au ord, sur la ligne Colmar-Neufbrisach espérant pouvoir maintenir une tête de pont en avant de Chalampé. Après la chute de Colmar et le franchissement de l’Ill, pressé de toutes parts et menacé d’encerclement, il commençait à décrocher sur tout le front. L’ordre de repli sur le Rhin est lancé dès le 2 au soir, mais comme à Belfort, les unités de sont saignées dans les contre-attaques et elles ne parviennent pas, le moment venu, à empêcher la jonction des troupes alliées en rompant l’encerclement. Près du quart des défenseurs de la poche de Colmar sont en effet pris dans le coup de filet, pendant que la 10e D.I. du général Billotte s’est ruée à la poursuite des éléments ennemis qui tentent d’échapper à l’étreinte alliée.
Le 6 février, l’exploitation se poursuit sur le flanc nord et ouest de la poche, qui s’amenuise d’heure en heure. La place forte de Neufbrisach est enlevée par l’infanterie américaine. Cette ville médiévale fut prise par les méthodes de combats médiévales. Initialement, des canons modernes durent bombarder les remparts construits par Vauban, modernisés par les Allemands et qui atteignaient 6 mètres d’épaisseur, mais après que ces murailles eussent été ébranlées, les fantassins américains montèrent à l’assaut en franchissant des fossés remplis d’eau et posant des échelles qu’il faillait fixer sur les remparts et sur lesquels ils se sont lancés. Au cours de cet assaut, ils se trouvaient sou le feu des armes automatiques allemandes postées dans les créneaux. Malgré cela, les Américains purent atteindre le sommet des remparts et prendre pied dans la ville. Après quelques heures, la ville était conquise. La porte était ouverte aux blindés qui poussaient vers le sud, au plus près du Rhin.
Au Sud, nos troupes franchissaient l’Ill en de nombreux points, atteignant les lisières de la forêt de la Harth et le canal du Rhône au Rhin, à la hauteur de Munchouse et de Hirtzelden ; le nettoyage des Vosges était pratiquement achevé, le nombre de prisonniers ne cessait d’augmenter, ainsi que le matériel capturé ; mais l’ennemi avait pu faire sauter le pont de Neufbrisach. Le seul passage du pont de Chalampé était resté, et il en défendait farouchement l’accès.

Dans la journée du 7, l’ennemi, qui était pressé de toutes parts par les blindés et notre infanterie, est acculé à la tête de pont de Chalampé qui se réduit à la partie nord de la forêt de la Harth, déjà sérieusement entamée, et à l’étroit couloir qui la sépare du Rhin. La 3e D.I. US. borde le Rhin entre Artzenheim et Vogengrun. La 2e D.B., exploitant au sud de Brisach, vers Chalampé, s’emparait de Heiteren, Baacan, Fessenheim, tandis que les 75e et 28e D.I. US progressaient d’Est en Ouest et franchissant le canal du Rhône au Rhin, relevaient des éléments de la 2e D.B. et continuaient la progression vers le Rhin. La 2e D.I.M. après avoir forcé en trois points le passage du Rhône au Rhin poussait également en direction du Rhin à Blodelsheim. La 1re D.B. poussait également vers le Sud sur Chalampé. La victoire était pratiqeument acquise. Le général de Lattre adressait aux troupes son ordre du jour n° 6 :
« Officiers, sous-officiers, caporaux et soldats américains et français de la 1re Armée française,
« Je ne veux pas attendre la fin de cette âpre et victorieuse bataille pour vous dire ma joie et ma reconnaissance.
« Depuis près de trois semaines, je ne vous accorde aucun répit, et, de nuit comme de jour, je vous crie durement et sans cesse : En avant !
« Il le fallait !
« Nulle tâche n’était plus impérieuse ni plus belle que celle de sauver Strasbourg et de libérer définitivement l’Alsace. Nulle tâche n’était plus féconde en résultats militaires et politiques. Nulle tâche ne méritait davantage votre générosité et votre sacrifice.
« Vous l’avez tous compris et, couverts de boue, transis de froid, épuisés, vous avez trouvé en vous l’énergie suprême pour subjuguer l’énergie désespérée de l’ennemi.
« Merci à vous, mes chers camarades américains, qui nous avez apporté votre vaillance et qui n’avez rien épargné, ni vos armes, ni votre sang, pour nous aider.
« Quand à vous, mes chers camarades français, vous pouvez prétendre avec une juste fierté que vous avez été les artisans d’un grand événement national dont nos enfants parleront avec émotion et respect.
« Toutes les divisions de l’Armée de Libération étaient présentes et chacune, de son génie propre et d’un amour égal pour la Patrie, a marqué glorieusement son coin de bataille.
« L’Allemand est chassé du sol sacré de la France. Il ne reviendra plus ! »

Le Général de LATTRE DE TASSIGNY,
Commandant en Chef de la 1re Armée française.

Le soir du 8, après vingt jours d’offensive, la tête de pont allemande d’Alsace qui avait été la poche de Colmar était pratiquement liquidée. Des troupes de al 1re Armée française bordaient le Rhin sur tout le front, sauf une étroite bande de terrain en cours de nettoyage de part et d’autre de Chalampé. La forêt de la Harth, avait été complètement conquise et nettoyée à la suite d’actions conjuguées de la 2e D.I.M. de la 1re D.B., de la 9e D.I.C., et de la 1re Brigade de Spahis et des Unités de F.F.I. Les dernières opérations furent menées d’une manière particulièrement brillante par des troupes cependant épuisées mais qui, sentant la victoire, attaquaient avec une véritable fureur, malgré que l’ennemi eût réagi très violemment, en particulier sur la lisière ouest de la Harth. L’assaut du dernier réduit ennemi de Chalampé était aussi effectué concentriquement. Le soir d 8, l’ennemi ne conservait plus que trois villages sur les bores du Rhin et le 9 février, à 8 heures du matin, les forces françaises chassaient les derniers Allemands de la rive ouest du Rhin. Le même jour, les troupes qui avaient libéré Colmar, le « Combat Command » de la 5e D.B. faisaient leur entrée solennelle dans la ville, et le général commandant al 1re Armée française remettait solennellement la cravate de commandeur de la Légion d’honneur au général Schloesser, dont les valeureuses troupes avaient pénétré les premières dans la cité.

Le 9 février, le général de Lattre pouvait envoyer son communiqué de victoire :

« Au vingt et unième jour d’une âpre bataille, au cours de laquelle les troupes américaines et françaises ont rivalisé d’ardeur, de ténacité et de sens manœuvrier, l’ennemi a été chassé de la plaine d’Alsace et a dû repasser le Rhin.
« Les forces alliées de la 1re Armée française bordent le fleuve sur toute l’étendue de leur secteur.
« Elles ont tenu la parole de Turenne : « Il ne doit pas y avoir d’hommes de guerre au repos tant qu’il restera un Allemand en deçà du Rhin. »

Signé : J. DE LATTRE.

Il adressait en même temps un télégramme personnel pour le général de Gaulle :

« Bataille d’Alsace terminée ce matin, 9 février, à 8 heures. »

Signé : J. DE LATTRE

La victoire était acquise complètement trois semaines après le départ des premières attaques, malgré la résistance opiniâtre de l’ennemi et la faiblesse relative des effectifs engagés, malgré l’extrême fatigue des troupes et les difficultés découlant des conditions atmosphériques.

C’est ainsi que la 1re Armée française a défait la XIXe Armée allemande opérant en Alsace. Quatre-vingt pour cent des effectifs de cette armée, engagés dans la poche de Colmar, ont été tués ou capturés. Plus de 20.000 prisonniers, 70 chars et 80 canons capturés, ainsi que des quantités considérables de mitrailleuses, de mortiers, de pièces légères de « Flak » et de « Pak », tel est le bilan de cette victoire qui se soldait par des pertes relativement faibles.

Le 11 février, le général de Gaulle venait en Alsace apporter le salut de la France aux populations libérées en même temps qu’il venait exprimer à la 1re Armée et à ses chefs, l’admiration et la reconnaissance du pays. Le général de Lattre était élevé à la dignité de grand croix de la Légion d’honneur ; le général Béthouart et le générale Leclerc recevaient la plaque de grand officier. Un grand nombre de distinctions étaient conférés à tous ceux, cadres ou hommes de troupes, qui, par leurs faits d’armes, avaient contribué d’une manière particulièrement brillante à la victoire.
Le commandement allié, apportait lui aussi le témoignage de sa satisfaction et de sa gratitude pour l’effort accompli et la victoire remportée par notre armée.
Dès le 9 février, jour final de la bataille, le général Devers avait transmis au général de Lattre et à ses unités, le télégramme suivant du général Eisenhower :

« Le général Devers, commandant le 6e Groupe d’armées, à M. le Général de Lattre, commandant la 1re Armée française.
« Ce m’est un grand plaisir de vous transmettre le message personne suivant, que je viens de recevoir du général Eisenhower :
« Je vous prie d’accepter mes félicitations pour la réalisation splendide de vos troupes dans la libération de Colmar et l’élimination de la tête de pont de l’ennemi à l’ouest du Rhin.
« Cette victoire, remportée en affrontant des conditions difficiles de temps et de terrain, est un exemple exceptionnel de travail d’équipe d’alliés au combat.
« C’est un tribut à l’habileté, au courage et à la détermination des forces engagées.
« Je vous prie de transmettre au général de Lattre, commandant la 1re Armée française et à toutes les forces sous son commandement, mes félicitations pour ce haut fait. »
« Fin du message du général Eisenhower. »
Signé : DEVERS.

Le 10 février, le général Devers adressait lui-même aux troupes de la 1re Armée son ordre du jour n° 2 :

« Ordre du jour n° 2 du général Devers, commandant le 6e Groupe d’Armées. »

« Aux troupes de la 1re Armée française.
« Vous élançant hardiment dans de violentes tempêtes de neige et sur un terrain difficile, vous avez, par votre force et votre détermination, chassé l’ennemi de la plaine de Basse-Alsace. Bien qu’il fût décidé, au prix d’énormes pertes en hommes de reconquérir cette terre si riche en traditions, vous l’avez chassé de ses positions et repoussé au-delà du Rhin.

« Vous avez libéré la ville impériale de Colmar dont le nom émaille les pages de l’Histoire de France et qui est cher au cœur de chaque Français ; vous avez rendu l’indépendance à des milliers de citoyens d’un noble pays épris de liberté.

« Au ours de cette opération difficile, vous avez capturé à l’ennemi 20.000 prisonniers ; vous lui avez tué et blessé nombre de soldats et vous avez pris ou détruit d’importantes quantité de matériel. Par vos efforts combinés, vous avez de nouveau démontré au monde la solidarité sans égale qui unit les soldats français et américains. Vous avez le droit d’être fiers de la façon dont vous avez accompli cette tâche difficile.

« Aux officiers et aux hommes des 1er et 2e Corps d’armée français, au 21e Corps d’armée américain, aux Services de ces corps et de l’Armée, je dis : « Vous avez bien travaillé. Tous en avant vers notre nouvelle tâche, plus déterminée que jamais à détruire els forces du mal. »

« Il n’y a plus devant vous que l’Allemagne et l’armée allemande. Vous avez infligé une défaite décisive à l’ennemi à l’ouest du Rhin et l’avez chassé du sol français. Il est étourdi, blessé et chancelant, mais il n’est pas encore abattu. C’est la tâche qu’il nous reste à mener à bien.

« Je vous crie : Sus à l’Allemagne ! »

Signé : DEVERS

Numérisé et retraité en OCR par M Gilles WITZ
Publié sur le site www.troupesdemarine.org avec son aimable autorisation

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